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« Battue » de Marine Levéel et Lilian Coquillaud: plongée anxiogène dans l’univers des « Blanchistes »

« Battue » de Marine Levéel et Lilian Coquillaud: plongée anxiogène dans l’univers des « Blanchistes »

14 octobre 2020 | PAR Chloé Hubert

Avec Battue publiée chez 6 Pieds sous terre, Marine Levéel et Lilian Coquillaud, signent une bande dessinée anxiogène dans l’univers des « Blanchistes », groupuscule néo-païen d’extrême droite. Il nous plongent dans leur « Grande Battue » annuelle avec des dessins d’une sombre beauté.

La couverture et le titre, Battue, peuvent faire penser à un livre sur la chasse. S’il est effectivement question d’une battue, et que celle-ci est centrale dans l’histoire, il n’est pas question de la chasse, où du moins pas seulement.

Camille, une jeune femme ayant fuit sa région natale se voit contrainte de revenir sur ses terres à la mort de son père. Celui-ci était un membre influent des « Blanchiste », groupuscule d’influence néo-païenne et réputé proche de l’extrême-droite. Sur les conseils d’un ancien ami journaliste, elle décide d’infiltrer la « Grande Battue » annuelle du groupe afin de rendre compte de ce qu’il s’y passe. Pourtant, si la question des racines –à la terre et aux traditions – obsède les Blanchistes, celle-ci se pose aussi pour Camille. Que se passe-t-il lorsque ses racines à elle sont, justement, les Blanchistes, et qu’elle décide de s’y replonger à nouveau ?

Avec Battue, Marine Levéel et Lilian Coquillaud nous plongent dans une partie de chasse anxiogène qui fonctionne comme un rite de passage chez les Blanchistes. Plusieurs jours en groupe, dans la nature, coupé de tout et avec pour seul objectif de chasser. Pour la beauté du geste mais aussi pour se nourrir. Ainsi, on alterne entre la beauté à couper le souffle des paysages, magnifiés par l’aquarelle, et l’ambiance oppressante et viriliste de la chasse et de ses rites, marquée par l’omniprésence des armes. Et, à l’instar de Camille, on regarde cette Battue tantôt comme une atroce boucherie prétexte à la consolidation d’une identité de groupe rance, tantôt comme une expérience de dépassement de soi dans une nature avec laquelle ils ne font plus qu’un. Car, en réalité « il ne font rien de mal », et c’est bien là toute la complexité de cette expérience qui est rapporté dans cet album sombre.

L’atmosphère y est en effet globalement pesante et anxiogène, renforcée par l’épaisseur des traits et de la texture de l’aquarelle. Il n’y a bien souvent qu’une pointe de orange vif, couleur de la chevelure de l’héroïne, noyée dans une forêt de mauve et de bleu. Mais toute l’ambivalence du récit se retrouve dans ces dessins, qui propose une forme de beauté sidérante malgré la noirceur de l’ambiance.

Marine Levéel & Lilian Coquillaud, Battue, 6 pieds sous terre, 120p. 24€, sortie le 15 octobre 2020

Visuel: ©Couverture de l’album/6 pieds sous terre

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