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Avec la permission de Gandhi, d’Abir Mukherjee : Quand la moutarde monte au nez de Gandhi

10 avril 2022 | PAR Bernard Massoubre

Avec la permission de Gandhi est le troisième opus d’Abir Mukherjee, fils d’immigrés indiens qui a grandi dans l’Ouest de l’Ecosse. Et, ce polar se lit comme on boit un bon scotch, en le dégustant.


Les mots pour le dire
Les premières lignes du roman reflètent toute la subtilité du style et l’humour de l’auteur. « Un cadavre dans un funérarium n’a rien d’inhabituel. Il est rare en revanche d’en voir un y entrer par ses propres moyens. Cette énigme mérite d’être savourée, mais le temps me manque, attendu que je suis en train de courir pour sauver ma peau ».
Et, c’est grâce à cette écriture simple et précise que le lecteur chausse dès le début les lunettes de Mukherjee.

Comme au théâtre
Il y a une unité de temps, de lieu et d’action.
Dans cet espace clos, en décembre 1921 au moment de Noël, les autorités attendent la visite officielle du prince de Galles. La date a son importance parce qu’elle correspond au début du soulèvement populaire, initié par Gandhi, pendant la colonisation britannique. Pourtant, cette période religieuse n’a d’importance que pour accentuer le gouffre qui sépare les populations anglaise et indienne.
De la même manière, l’intrigue se situe à Calcutta, capitale du Bengale-Occidentale, et capitale du Raj britannique jusqu’en 1911. Et tout commence, comme dans les précédents romans de l’auteur, dans une fumerie d’opium.
Quant à l’action, elle reste dans les mains de deux acolytes et dure plus de 24 heures. Le capitaine Wyndham, ancien de Scotland Yard, a quitté l’Angleterre pour fuir son veuvage, et fraternise avec les substances opiacées en Inde. C’est un homme désabusé et sensible. Aussi, Il n’a aucune raison de ne pas apprécier son collègue, le sergent Sat Banerjee, un Indien issu de la bourgeoisie bengalie. En travaillant au service du gouvernement de Sa Majesté, ce dernier est tiraillé entre sa conscience professionnelle et l’avenir de son peuple.

Comme dans la vraie vie
Même dans l’univers du policier, les Français aiment coller des étiquettes. Ainsi, ils distinguent le polar anglais (whodunit), le néo-polar, le thriller, le polar noir… Avec la permission de Gandhi serait à classer dans les polars historiques. Mais, il est mieux que ça. Abir Mukherjee raconte une histoire à un moment où le vent de l’Histoire fragilise les fondations du pouvoir.
Il nous fait découvrir la garde rapprochée de Gandhi. Avec le brillant avocat Chitta Ranjan Das, figure bengalie du mouvement indépendantiste ou avec Subhas Chandra Bose.
Néanmoins, l’auteur n’écrit pas une thèse sur le début de l’indépendance de l’Inde, le mahatma ou la population coloniale : quelques dates, un ou deux évènements, lui suffisent. De plus, Mukherjee n’est pas moralisateur, il décrit la société indienne à un moment donné. C’est un instantané, une photographie en noir et blanc.
Mais ce roman est plus grave que les deux précédents. Les assassinats ponctuent l’intrigue, qui mène les policiers à un laboratoire de gaz moutarde, utilisé pendant la Grande Guerre. C’est la raison pour laquelle Avec la permission de Gandhi est aussi un roman noir.


Abir Mukherjee est un bon écrivain qui a écrit un bon livre. Avec la permission de Gandhi donne envie d’aller en Inde pour entrer dans l’histoire.

Avec la permission de Gandhi de Abir Mukherjee, aux éditions Liana Levi. 315 pages. 20€

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