Livres

« La femme promise » de Jean Rouaud

26 février 2009 | PAR marie

Une histoire d’amour provinciale. Rien de pire pour résumer le dernier roman de Jean Rouaud, « La femme promise ». Le lauréat du Prix Goncourt pour les « Au champ d’honneur », en 1990, livre un ouvrage dans lequel la forme est aussi importante que le fond. Il parle de sa vie en filigrane avec cette écriture consciente d’elle-même dans laquelle le romancier dévoile ses mécanismes dramatiques. Un très bon nouvel opus pour les fidèles de Jean Rouaud et une très bonne manière de commencer pour les profanes.

 Pas juste un roman d’amour. Dans « La femme promise » de Jean Rouaud, il n’y a pas que les protagonistes qui côtoient le sentiment amoureux et la sensualité. L’auteur lui-même cohabite presque charnellement avec son roman. Une manière d’écrire « consciente d’elle-même » inspirée du Nouveau Roman, même si l’auteur n’attribue pas ce titre à sa littérature. C’est cependant un livre qui se moque de lui-même parce que des années de littérature ont fait du lecteur un amant qui aime par habitude. Il n’aime plus vraiment parce qu’il n’y a plus rien de nouveau à découvrir. Alors au lieu de faire comme si de rien n’était, le livre se moque de lui-même, et l’auteur ne se cache plus derrière sa plume : « Elle demeure en arrêt, hésitante, essayant sans doute de remettre de l’ordre dans son esprit (…) Quant à courir se jeter dans ses bras, même nous qui aimons bien aller vite en besogne, nous n’y pensons pas. Trop tôt. On n’y croirait pas. Ceci, on le réserve pour la fin d’un film (…). Le ferait-elle qu’on lui demanderait de reprendre sa place près du portail. Vous n’y êtes pas du tout. Quel est cet emportement ? On recommence. » (p. 163-164).

« Est vicié ce qui est fait sans amour », juge Mariana, l’héroïne, assénant ainsi la pire des critiques à son travail de sculpteuse. Sa vie New Yorkaise n’a pas autant de charme que celle qu’elle retrouve à Sangerville, un petit village désert de Normandie, auprès de vieux voisins bavards, Monsieur et Madame Moineaux, et de son père. Auprès aussi d’un autre qui se réfugie dans ce trou perdu, Daniel. Tous deux sont enfants du pays mais ne se connaissaient pas. Lui a fui à Paris, puis s’est fait jeter dehors de la capitale par une amoureuse déçue. Tous deux se font dépouiller de tous leurs biens aux mêmes moments, un soir pluvieux, à Sangerville. On cambriole sa maison à elle, on lui vole sa voiture contenant tout ce qui lui reste à lui. C’est l’élément perturbateur, le début et la fin du roman. Parce que, « La femme promise » c’est l’histoire du dénuement, à l’image de l’ensemble de l’œuvre de Jean Rouaud. Il montre que c’est dans le creux de la vague qu’on se rend compte qu’on baigne dans tout un océan.

L’auteur multiplie les références à ses goûts personnels : l’art rupestre avec une grotte dont seuls Mariana et son père connaissent l’existence ; les westerns avec « Open Range » de Kevin Costner ; Jacques Kerouasc et la beat génération. Des références directes à ses précédents ouvrages, « La fiancée juive » ou « L’imitation du bonheur ». Tout cela perdu – mais jamais noyé – dans des digressions réflexives. C’est presque un roman d’apprentissage. Laissez choir vos illusions, semble nous prévenir l’auteur, vous êtes ici pour être honnêtes avec vous-mêmes et je le serai aussi avec vous. Je vais vous montrer les entrailles de mon roman et de mon travail, alors dégustez-bien. Je refuse tout lecteur qui ne serait pas cannibale. Le thème du roman ? L’amour bien sûr !

La femme promise – Jean Rouaud – Gallimard – 19,95€

 

Marie Billon

 

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