Cinema

Une conversation avec Francis Ford Coppola, prix Lumière 2019

Une conversation avec Francis Ford Coppola, prix Lumière 2019

19 octobre 2019 | PAR Lou Baudillon

Après Jane Fonda l’année dernière, hier le Prix Lumière fut remis à Francis Ford Coppola pour l’ensemble de sa carrière de réalisateur. Une rétrospective lui était consacré tout la semaine, ainsi qu’une master-class ou plutôt, comme il l’appelle, une « conversation » avec le public venu l’écouter. 

Le cinéma « Do it yourself »

C’est sous le portrait de lui-même pris par sa fille Sofia, que Francis Ford Coppola fait son entrée sur la scène du Théâtre des Célestins pour entamer une discussion passionnée avec le public accompagné de Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière de Lyon et délégué général du Festival de Cannes et Bertrand Tavernier, président de l’Institut Lumière, venus tout deux animer la séance. Le temps d’évoquer son oeuvre, sa carrière et sa vie lors d’une conversion volontairement tournée vers le public, et plus spécialement son jeune public puisque le réalisateur du Parrain et d’Apocalypse Now soutient qu’il « apprendra plus d’eux qu’eux de lui ». Celui qu’on considère comme un maître du cinéma, se considère comme un « éternel étudiant »

Lorsqu’on le questionne sur la genèse de ses longs-métrages, Coppola explique qu’il procède toujours à partir d’une idée, d’un mot qui porte en lui l’esprit du film. Au moindre doute, il « repense à ce mot » et ainsi la quintessence du film découle toujours du mot, même pour le moindre détail. « Pour Conversation secrète  le mot est intimité, pour le Parrain c’est la succession. » Francis Coppola évoque également aussi ses débuts, ses premiers scénarios rejetés qui finalement feront son succès. « Les mêmes idées pour lesquelles on vous vire à vos débuts seront ceux pour lesquels vous aurez un prix ». Mais aussi, ses premiers rapports au cinéma, découvert alors qu’il entamait ses études de théâtre, ses premiers pas dans cette industrie, en tant qu’homme à tout faire, que projectionniste, qu’assistant… Ce coté très manuel, très mécanique du cinéma sera déterminant pour Coppola. Véritable touche à tout, le cinéma est pour lui d’abord technique et expérimental. Se considérant d’une génération « fauchée », il raconte comment il apprit le cinéma par l’ingéniosité et l’imagination qui comble le manque de moyens financiers. Le « Do it yourself cinema » comme il m’appelle. De cela à découlé des innovations notables de l’histoire du cinéma ; l’importance donnée au son ou encore le passage assumé au numérique.

« Ma passion c’est d’apprendre, d’aller vers l’inconnu »

Ce rapport passionné à la création, Francis Ford Coppola su le conserver tout au long de sa carrière par son désir d’apprendre. « J’ai commencé par un film de gangster, j’aurais très bien pu continuer dans ce filon qui marche. Pourtant je suis allé aux antipodes, j’ai fait une comédie musicale avec One from the Heart, j’ai aussi fait Dracula en intérieur avec seulement des décors construits … « . Ce qu’il cherchait au fond c’était à essayer les styles, à expérimenter les genres. « Ma passion c’est d’apprendre, d’aller vers l’inconnu » évoque t’il. Puis s’adressant aux étudiants en cinéma : « Faites un film qui montre à quel point vous êtes unique, qui montre les mondes que vous voulez explorer et les choses que vous voulez apprendre ». Prêt à donner des conseils, il met néanmoins en garde contre l’argent facile et les projets qui s’éloignent d’une vraie démonstration de créativité et d’expérience. 

Interrogé pour finir sur sa famille, la conversation prend une tournure émouvante lorsqu’il évoque la manière dont il emmenait ses enfants sur les tournages partout dans le monde afin de ne pas être loin d’eux trop longtemps, « comme une troupe d’acrobates de cirque » dit-il en riant. Mais aussi sur cette éducation donnée sur les plateaux, « ils côtoyaient l’équipe du film, Sofia faisaient les vêtements de ces poupées avec la chef costumière, Roman revenait maquillé du stand maquillage. Notre vie de famille s’est faite comme cela ». C’est donc tout naturellement, qu’ils ont participé aux films : « Quand j’avais besoin j’ai simplement utilisé mes propres enfants ». Et le résultat est tel que désormais, chacun d’eux travaille dans le cinéma. Sofia et Roman sont devenus les réalisateurs que l’on connaît, et même Gia, sa petite fille et désormais actrice, perpétue la lignée et incarne ainsi la cinquième génération des Coppola dans le cinéma. 

 

 

Visuels : ©Affiche Festival Lumière ©Sofia Coppola

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Lou Baudillon

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