Cinema

Un dimanche de lendemain de Palmarès à Belfort

Un dimanche de lendemain de Palmarès à Belfort

25 novembre 2018 | PAR Yaël Hirsch

Après l’émotion, le Palmarès et la Fête du samedi 24 novembre, le calme a repris le dessus au Pathé de Belfort pour le dernier jour de la 33e édition d’Entrevues. Mais les plus motivés pouvaient encore voir bien des films, et même rattraper les lauréats de cette compétition 2018. 

Grand soleil au réveil et pas de film programmé avant 11 heures (une séance pour les tout petits de Contes sous la neige qui avait l’air adorable) ; c’est donc l’occasion rêvée de faire un tour le long de la Savoureuse et de découvrir une autre partie de la ville. Marchant le long du Boulevard Jean Jaurès, et laissant derrière nous deux magnifiques parcs Art Nouveau, nous avons découvert le marché des Vosges, aussi coloré que plantureux.
C’est donc à 12h15 que nous avons assisté à notre première séance de cinéma avec une projection double : d’abord le Grand Prix, Classical Period de Ted Fendt (1h02) puis le tout nouveau prix André S. Labarthe, Film Catastrophe, de Paul Grivas.

Drôle et déroutant, Classical Period met en scène un petit groupe de vingtenaires de Philadelphie, tous binoclard et tous très féru d’Humanités. En gros plan, ils discutent de faits et textes classiques, et énoncent comme ils récitent des poèmes leurs visions du monde. Cela se passe chez eux, en groupe de lecture, en marchant ou dans des librairies. C’est posh, on y apprend des choses autant sur Joyce et Beethoven que sir la Réforme ou Franck Lloyd Wright, c’est drôle et surtout l’image de ces nerds absolus et juste incroyablement sensuelle et granuleuse. L’acmé est atteint quand un trio interprète du Beethoven avec concentration (et talent) pour un seule spectateurs coincée contre le chauffage et au sol dans une petite pièce exigüe que les instruments semblent bouffer. Il y a du Alex Ross Perry et le charme discret des films bavards intellos rive gauche dans cet ovni délicat et non dénué d’auto-dérision.

Mêlant deux aventures du bateau de luxe, le Concordia, où Godard a filmé Socialisme et qui a coulé trois ans après, Film Catastrophe est un film coloré, aquatique et amoureux des images à voir avec recul. Mais les footages des survivants promis au début du film sont rares et dès que JLG avec son cigare, son ton ferme et ses petits doigts qui double le clap, apparaît : il n’est plus question de Titanic bis et de boite noire récupérée. On est donc dans les coulisses du tournage du maître, dans un décor emblématique mais peut-être encore trop dans l’ombre de ce maître, malgré l’ironie et le recul.

Enfin, nous avons fini cette traversée de Entrevues 2018 par une première fois: celle des frères Larrieu. Durant à peine une heure et situé dans la Montagne noire, au-dessus de Carcassonne, Fin d’été commence comme un documentaire pour raconter les amours d’un jeune homme du crû et d’une américaine ambitieuse. Il lui fait la cour et l’emmène dans la communauté qu’il a fréquenté enfant, complétement hippie. Elle n’a que 24 heures à lui accorder et il est déjà saoulé. Avec un gourou qui trait la chèvre, une mère redescendue à la ville mais proche, beaucoup de nature, de nudité, de la cuisine au feu très locale et une façon de parler de sexe aussi poétique que de le mettre en scène, tous les thèmes libertaires et poétiques des frères Larrieu sont déjà là. On en sort souriants et un peu nostalgiques, comme il se doit lors d’une fin de festival, surtout quand sa directrice artistique s’en va vers d’autres horizons. A l’an prochain pour plus de Cinéma au plus du près du rugissant lion de Belfort.

visuels : YH

Création romanesque à Metz
L’Échange de Paul Claudel par Christian Schiaretti à Sceaux
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *