Théâtre

L’Échange de Paul Claudel par Christian Schiaretti à Sceaux

L’Échange de Paul Claudel par Christian Schiaretti à Sceaux

25 novembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Le directeur du TNP de Villeurbanne, Christian Schiaretti, crée aux Gémeaux, scène nationale de Sceaux, L’Échange de Paul Claudel dans la première version de la pièce. Sa connaissance pointue de l’auteur et de son oeuvre nourrit son respect du texte et de son esprit pour nous en restituer la profondeur du propos et de la poésie.

Pureté du geste.

Rappelons l’intrigue. Elle est simple et cruelle. La pièce comporte quatre personnages dessinés au couteau incarnant chacun un concept Claudelien. Louis Laine, un métis d’origine indienne, est celui épris de liberté. Marthe, son épouse, une Française, est au contraire celle de la soumission au patriarcat religieux. Lechy Elbernon, une actrice américaine, est la femme émancipée et licencieuse, riche de la mascarade de la féminité. Son mari, Thomas Pollock Nageoire, est un homme d’affaires Juif américain, il est l’entreprenant et l’avisé. Louis vient de tromper la sage Marthe avec Lechy Elbernon. De son côté, Thomas Pollock, convoite Marthe qu’il finit par acheter à Louis contre une liasse de dollars. Ce sera l’échange, celui des femmes. Paul Claudel écrit ici en 1894 un manifeste contre la force délétère de l’argent et la puissance sadique qu’il procure aux êtres.

Sur l’immense plateau du théâtre de Sceaux, un tabouret est posé au centre d’un sol dessiné comme une matière rougeoyante. La pluie s’abat sur ce tabouret, métaphore du foncier. Ce sera le seul effet de la pièce. Les personnages surgiront successivement du long velours noir pendu aux cintres au fond du plateau. Cette pluie faite de petites billes figurera ensuite le sable de l’Ouest américain, les cendres de l’incendie puis les dollars mis en poussière par Thomas Pollock.

Un jeu envoûtant. 

Christian Schiaretti par ce décor épuré fait le pari de l’interprétation des comédiens. A la rudesse de l’intrigue s’adossent l’organique et le charnel des comédiens. Ce sont des personnages de chair et de sang que les lignes acides de Claudel traversent. Marc Zinga abandonne son corps au texte tandis que Louise Chevillote s’engage corps et âme. Robin Renucci, impressionnant de temporalité accompagne de son talent la magnifique partition de Francine Bergé. Les deux comédiens vampirisent le plateau. C’est épatant. Celle ci, à 80 ans, crée une Marthe qui fera date dans l’histoire du rôle et magnifie l’ensemble du geste.

Autant colorier une partition

Christian Schiaretti justifie ainsi son choix de décor minimaliste: Autant colorier une partition. Son geste est d’abord littéraire. Rien, selon lui ne doit encombrer le texte. Le biais est singulier mais qui de nous a encore le courage de lire les 250 pages de cette splendide chronique d’un désastre. Schiaretti nous transforme en lecteur éclairé de Claudel. Il réussit, par la grâce des comédiens, son pari de nous livrer la partition de Claudel au plus prés du texte et de sa beauté sans ornementations ni paillettes.

 

L’Échange,de Paul Claudel, mis en scène de Christian Schiaretti à Sceaux jusqu’au 1er décembre.

Dates de la Tournée :

Du 6 au 22 décembre 2018, TNP
Du 15 au 18 janvier 2019, La Coursive scène nationale, La Rochelle
Du 23 au 25 janvier 2019, La Comédie de Picardie
Du 12 au 13 mars 2019, La Comédie de Valence, CDN
Du 2 au 4 avril 2019, La Comédie de Saint-Étienne, CDN

Crédits Photos © Michel Cavalca

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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