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« Si tu vois ma mère », le premier film de Nathanaël Guedj

« Si tu vois ma mère », le premier film de Nathanaël Guedj

01 avril 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Récemment décédé Monique (Noémie Lvovsky) continue de hanter Max, son fils. Quand ce dernier tombe amoureux d’Ohiana (Sara Giraudeau), cette mère hallucinée devient vite encombrante. L’attendrissant film de Nathanael Guedj (à voir sur Arte à partir du 10 Avril, et à voir sur arte.tv du 3 avril au 9 mai 2020) hésite entre humour et  émotion, mêlant film d’ado et psychanalyse de comptoir.  

Le titre est inspiré d’une chanson de Sidney Bechett. Un fils est visité par le spectre de sa mère drapée dans un kimono.  Envahi par un sentiment de culpabilité car il n’a pas réponduau téléphone alors qu’elle succombait seule à une crise cardiaque, le fils entreprend de profiter au maximum du fantôme de cette mère. Quitte à s’isoler de ses proches. Parallèlement, le film raconte une romance empêchée car lorsque Max (Félix Moati) tombe amoureux, le spectre de sa mère refuse de céder la place. Le loufoque de la situation est sensass,  la comédie légère.

Une mère est une femme comme les autres, mais quand même!

Ceux qui pensent à Fanny et Alexandre de Ingmar Bergman, à Hamlet de Shakespeare ou au Complot d’Oedipe de Woody Allen seront déçus. Avec eux, ceux qui veulent y disséquer une psychanalyse du lien mère-fils. Il n’empêche. Le film captive et réserve quelques très belles surprises. Nathanael Guedj obtient notre adhésion. Même la séquence de fusion mère-fils psychanalytiquement extravagante réussit à être cinématographiquement admirable. Les péripéties se succèdent à un rythme qui nous garde sous tension ; et la chute est savoureuse. Max sera sauvé de son identification à sa mère par l’amour et par une découverte terrible : une mère est une femme comme les autres. Noémie Lvovsky est attachante et délicieusement énervante dans le rôle de la mère possessive et sadisante. Sara Giraudeau émeut dans le rôle d’une psy qui veut y croire coûte que coûte. Le film est aussi l’occasion de savourer le talent de  David Boring dit Estéban, acteur français et chanteur du groupe Naive New Beaters.  

Si tu vois ma mère est une authentique comédie romantique urbaine au sein du Bordeaux Hausmanien. Les salles de cinéma fermées pour cause de confinement, sa sortie sur Arte est une chance à saisir. Les mots d’esprit, le rythme et l’ambiance joyeusement immature garantissent notre plaisir de spectateur. 

 

Si tu vois ma mère, de Nathanaël Guedj, avec Félix Moati, Noémie Lvovsky, Sara Giraudeau, Gilles Cohen, Géraldine Martineau, Eugénie Derouand, Esteban, Raphaël Quenard, 2018, 1h28. 

Crédit Photos : Arte 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

One thought on “« Si tu vois ma mère », le premier film de Nathanaël Guedj”

Commentaire(s)

  • Bens

    On apprécie le deuil représenté de manière assez extravagante certes mais soulignant la dimension obsessive mais indispensable de celui-ci. La perte d’une mère, qu’elle soit de son vivant douce ou névrosée (parfois les deux à la fois) laisse un héritage incontestable, ici l’empreinte emprisonne notre personnage principal. Ce film nous raconte cette empreinte que nous laisse ce lien indéfectible, ce chemin parcourût vers l’acceptation de la mort d’un être si souvent regretté.

    avril 19, 2020 at 11 h 18 min

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