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Paris Police 1900 : « Il voulut être César, il ne fut que Pompée »

Paris Police 1900 : « Il voulut être César, il ne fut que Pompée »

14 février 2021 | PAR Ilan Lévy

Paris Police 1900 est une série policière et historique sur fond d’Affaire Dreyfus qui commence par la plus célèbre fellation de l’histoire. A retrouver sur Canal +

En pleine effervescence de l’Affaire Dreyfus à Paris, alors que se profile le retour du supplicié de l’Ile du Diable. Le président de la République, Felix Faure, meurt « dans les bras » de sa maîtresse Marguerite Steinheil en pleine saillie antidreyfusarde et antisémite. L’histoire retiendra plutôt la phrase célébrissime prêtée à Clémenceau, jamais avare d’un bon mot, qui donne le titre à cet article.

Cette scène donne le la à la meilleure série du moment, intrigue policière, luxure, débauche et antisémitisme sur fond de révision du procès infamant fait à Dreyfus. Nous sommes en 1900, à l’aube d’un nouveau siècle, d’une nouvelle ère, un an après la publication de « J’accuse » par Zola et Clemenceau, qui démontent la machination qui a fait de Dreyfus le coupable idéal parce juif.

Immédiatement recrutée par la police, Marguerite « Pompe funèbre » doit infiltrer les mieux d’extrême droite nationaliste qui ont ait de la haine et la mort des Juifs, leur fond de commerce. Le sinistre Drumont, celui de « La France juive » et les frères Guérin de la Ligue Antisémitique n’hésitent pas à appeler quotidiennement à la mort des juifs dans le journal L’Antijuif, mettant leurs paroles régulièrement à exécution. Le spectateur appréciera ici l’un des rares traits d’humour de cette série prenante, la « mère juive » très protectrice et castratrice des horribles fils Guérin.

Sur fond de menace insurrectionnelle des Ligues, la police enquête sur le meurtre de jeunes femmes retrouvées démembrées dans des valises. Le jeune inspecteur Antoine Juin fait équipe et chambre commune avec la ravissante avocate Jeanne Chauvin, qui incarne ici le combat féministe des femmes interdites d’exercer car femmes.

Le Préfet Lépine, célébré encore aujourd’hui pour son concours qui récompense les meilleures inventions, tient d’une main de fer la Préfecture de police de Paris qu’il tente de moderniser en installant des téléphones et en dotant ses agents de bicyclette. Force et faiblesse d’un homme intransigeant dont la femme, grande amatrice de toutes les drogues, fréquente le Paris de la luxure et des orgies, poussant les adversaires du préfet à exercer du chantage contre lui. C’est aussi le début de la police scientifique (l’ancêtre des Experts) du très ambivalent Bertillon qui met en place les cadres et la méthode scientifique dans la police ; le mouchoir faisant encore largement office de gant en caoutchouc pour ramasser les preuves. C’est aussi lui qui assurera avec sa morgue légendaire que Dreyfus est bien l’auteur du faux bordereau, alors qu’il n’est nullement connaisseur en graphologie.

Cette série à clefs et à tiroirs, dont il est parfois difficile de retrouver les clefs, offre un plongée sans nuance dans le Paris de 1900, de la violence, de la drogue, de la fragilité d’une République vacillante face à l’Affaire Dreyfus, de l’émergence d’une police où complots, coups bas et réflexes politiques de bas étage s’entremêlent.

Brute, plus que brutale, sans acteur de premier plan, avec de nombreux seconds rôles magnifiques, Paris Police 1900, montre que la star ici c’est la série et ses intrigues, et aussi les femmes qui tentent dans un monde entièrement masculin et machiste à souhait, d’émerger et d’entrouvrir des portes qui seront plus tard ouvertes par leurs descendantes. Entre fiction et réalité, entre enquêtes policières et intrigues politiques, Paris Police 1900 installe subrepticement les racines d’un XXème siècle naissant dont nous sommes largement les héritiers.

Paris Police 1900, Une série de Fabien Nury, 8 épisodes de 52 minutes, Canal +. 

visuel : affiche de la série

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Ilan Lévy

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