Cinema
Possessions Un film d’Eric Guirado

Possessions Un film d’Eric Guirado

02 mars 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Un jeune couple d’origine modeste, Bruno et Marilyne Caron et leur petite fille, déménagent à la montagne dans un chalet en location dans l’espoir d’avoir une vie meilleure. D’abord séduits par leurs propriétaires, les Castang, qui leur réservent un très bon accueil et offrent même à Marilyne un travail de femme de ménage, les Caron ne tardent pas à sombrer dans la jalousie, souffrant du décalage entre leur train de vie et celui de leurs propriétaires.

Eric Guirado est originaire de Haute Savoie, là où s’est déroulée l’affaire Flactif, le fait divers dont est tiré ce film. Après Quand tu descendras du ciel et Le fils de l’épicier, les personnages d’Eric Guirado vont une fois de plus voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Le réalisateur nous dit qu’il a cherché à être impartial, ce n’est malheureusement pas du tout le sentiment que nous avons en voyant ce film, au contraire, il est clairement positionné du côté des Caron. Très peu de scènes montrent les Castang, ils sont presque systématiquement vus comme espionnés par Marilyne ou dans leurs rapports avec le couple Caron. Nous ne savons pas ce qu’ils pensent vraiment sauf en de très rares bribes.

Il n’y a hélas pas de suspense dans ce film, nous savons dès le début où le réalisateur va nous conduire. Les scènes d’exposition sont lentes, la violence et l’agressivité du couple Caron diffuse dès le début, la montée en puissance de la jalousie de Marilyne se fait interminable par l’exposition une à une de toutes les choses qui lui font envie: parfums, sous-vêtements, rideaux…tandis que la frustration de son mari s’exprime surtout sur les voitures, son besoin de vitesse, de faire de l’épate avec un écran plat et autres appareils qui sont pour lui des signes extérieurs de richesse enviables.

Cela pourrait être une analyse intéressante de ce qu’est pour un homme le luxe et de ce qu’il est pour une femme, distinguer le rapport homme-femme face à l’argent mais ce n’est au final que très cliché. Le couple Castang, envié par l’autre couple, paraît nager dans le bonheur absolu uniquement parce qu’ils ont de l’argent alors que le film dit tout de même implicitement qu’ils ont eux aussi leurs soucis dans ce domaine. En fait, le film semble véhiculer ce message abominable: « On n’est pas heureux sans argent » ce qui est heureusement triste, faux et lamentable. Peut-être était ce effectivement ce que pensait hélas le couple Caron et ce qui les a fait basculer dans la criminalité mais ce n’était manifestement pas l’avis des autres personnages du film:la famille Castang est une famille unie et aimante, le couple s’adore, les enfants sont chouchoutés par leurs parents qui souhaitent leur offrir tout ce qu’eux mêmes n’ont pas eu étant jeunes. Les Caron jalousent au final des personnes qui ont été comme elles étant jeunes et qui ont lutté pour en arriver là où elles sont, des gens qui ont fait le maximum pour eux et leur ont offert d’excellentes conditions de logement, la violence montante des personnages principaux est donc d’autant plus choquante pour les spectateurs qu’elle est injustifiée. Quand aux amis du couple Caron, ils sont au départ un ménage heureux, uni et amoureux qui ne semble pas souffrir de leur condition modeste, leurs soi-disants amis vont les faire tremper dans leurs louches combines et transformer également leurs vies en enfer. Ils les contaminent par leur jalousie, leur haine, leur influence leur sera fatale. Avec ce film, nous nous posons la question: et si la vraie richesse était d’avoir bonne conscience? de pouvoir être fier de tous nos actes? toujours respectueux des autres comme de nous mêmes ? C’est confirmé, l’envie est le pire des poisons pour l’âme.

De belles images, quelques beaux plans, des acteurs magistraux qui excellent dans des rôles peu aisés en particulier Jérémie Renier et Julie Depardieu, Benoît Giros est une révélation en tant que second rôle masculin. Lorsque nous lisons le compte rendu de l’affaire Flactif, nous trouvons toutefois que, malgré la violence omniprésente dans le film, Jérémy Renier paraît presque gentil dans ce rôle comparativement à la réelle violence, agressivité, mal-être de Xavier Hotyat (le meurtrier de la famille Flactif). L’intrigue prend le plus souvent malgré le manque de surprises mais nous regrettons clairement que ce film se borne essentiellement à traiter la dimension matérielle des choses, ne faisant que suggérer que la violence du personnage principal est antérieure au début des évènements, et ne dise pas que le bonheur se trouve à l’intérieur de nous et non dans d’éphémères et illusoires possessions matérielles que nous n’emporterons pas dans notre tombe d’où l’impression que le film véhicule un faux message un peu bling-bling. Le film a une dimension documentaire mais, dès lors que le parti est pris de faire une fiction, pourquoi ne pas ajouter une dimension morale à l’intrigue comme le suggère l’affiche avec son « Tu ne convoiteras point » à dimension quasi biblique avec le ciel derrière et le côté martyr du personnage, véhiculé par son regard baissé sur sa main ensanglantée. Le message de cette affiche n’a rien à voir avec celui du film. Dommage.

Premier album de Vince and The Frogs
Une fresque cinématographique signée Cartier
Sandrine et Igor Weislinger

One thought on “Possessions Un film d’Eric Guirado”

Commentaire(s)

  • edery

    j etais un ami de xavier nous nous sommes connus a loos en gohelle 62 j etais son entraineur de foot et ensuite on ne sait plus quitter jusque son depart a la montagne j attends avec impatience ce film j espere la verite salut

    mars 3, 2012 at 17 h 00 min

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