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Un autre point de vue sur le loup de Wall Street de Martin Scorcese

Un autre point de vue sur le loup de Wall Street de Martin Scorcese

10 janvier 2018 | PAR Pierre Descamps

Excellent divertissement, le film de Martin Scorcese est néanmoins une déception sur son analyse politique et économique de Wall Street qui manque cruellement de courage et d’engagement. Sur ce milieu, de nombreux films ont fait preuve de bien plus d’audace de Wall Street (que nous chroniquerons pour vous dans la cadre du cycle le Monde est Stone) en passant par Margin Call et plus récemment l’excellent film The Big Short d’Adam Mc Kay.
Pour lire un autre avis plus positif et enjoué sur le film, cliquez ici

Ne vous intéressez pas à l’économie, c’est trop compliqué pour vous !

Le film retrace le portait d’un homme Jordan Belfort courtier à Wall Street.
On ne nous parlera très peu d’économie à l’écran avec comme argument le fait que c’est trop compliqué pour le grand public.
C’est un argument simpliste intellectuellement : on pense que le grand public incapable d’avoir à penser ou même d’avoir à penser l’économie avec ses impacts sur le monde réel.
A la place, le réalisateur préfère nous conter le quotidien superficiel et train de vie effréné d’un trader avec sa consommation de prostituées et de drogues.

Une admiration envers le monde de la finance

Pire que la complaisance, c’est une certaine admiration de la part de Martin Scorcese pour ce trader, Jordan Belfort est un anti-Scarface : un nouveau modèle à suivre pour les étudiants de fac d’économie ou d’école de commerce.
Scorcese aime filmer les puissants et montrer leurs folies et leurs excès à l’écran. Il le fait avec un certain talent dans ce film mais rien n’est contrebalancé , ce film fera rêver tout ceux qui veulent devenir traders et confirmera leurs choix. Meme si le film est amusant, il manque néanmoins terriblement de profondeur.
L’héros devient même une icone et un modèle à suivre pour jouir de la vie matérielle et financière en gardant ses principes moraux bien enfoui sous terre et en oubliant tout les autres éléments intellectuels et spirituels. L’argent devient Dieu, les putes remplace l’amour et notre héros devient le porte parole d’une génération matérialiste et superficielle.

Une satire décevante et simpliste

En étant contrebalancé, la satire aurait pu émerger mais le film a l’effet contraire, il idolâtre ce milieu et la société de consommation dans son ensemble. Ici, le héros est un héros cool qui sniffe de la cocaine et arnaquer les clients qui veulent faire du traiding n’est jamais montré comme un mal mais aussi comme une étape nécessaire pour avancer dans le milieu et jouir de l’oseille obtenu par tous les biais possibles et imaginables. Encore une fois, ces phases là montrés soit avec ironie soit avec discernement auraient pu être très intéressantes mais le développement critique ne vient jamais avec une complaisante coupable et un peu douteuse

Très divertissant, le film a réussi et a capté l’esprit d’une bonne partie des blockbusters de l’époque : rapide, vif, débordant d’énergie mais d’une pauvreté intellectuelle assez navrante et d’une certaine vacuité dans ses scènes.
Rien n’est jamais expliqué en terme d’économie, on apprend finalement peu de choses que l’on ne savait pas sur le milieu et le film tourne en coquille vide avec comme ligne principale que les traders sont redoutables et que les pauvres et la classe moyenne se font avoir.

Un anti-Scarface

Au contraire du film Scarface de Brian de Palma qui est fin dans son développement et dans sa satire du personnage, on montre que Tony Montana a un rythme de vie fou mais le personnage est toujours contrebalancé par l’auteur et son mode de vie est montré comme outrancier

(PHASE SPOILER POUR CEUX QUI N’ONT PAS ENCORE VU LE FILM, SAUTEZ UNE LIGNE)

Au contraire du Scarface de Brian de Palma, Martin Scorcese nous monte une morale de fin alambiquée où Jordan Belfort s’en sort sans trop de dommages,
Qu’il s’en sorte bien juridiquement, c’est tout à fait normal car le film est adaptée d’une histoire vraie mais l’auteur ne montrera jamais l’autre dérive celle de l’homme, il ne filmera jamais les gravités de cet homme qui perd pourtant les pédales.
Je parlai plus haut dans la critique d’un Anti-Scarface. C’est le cas : Scarface finit mal comme un signe d’avertissement pour le spectateur qui serait tenté de reproduire ce mode de vie là.
Dans son propos final, Scorcese manque de mesure et rate finalement sa cible.

FIN DU SPOILER

On (re) regardera le génial la Valse des pantins de Scorcese !

Au final une déception le film n’est pas satirique et piquant envers le capitalisme mais complaisant. Très réussi techniquement, le film reproduit finalement les erreurs de nombreux blockbuster en étant superficiel dans son traitement
Film générationnel certain, Le Loup de Wall Street n’est ni un grand film de cinéma ni une oeuvre d’économie intéressante.
En provocant, on pourrait déclarer que le film est une sorte de Transformers de l’économie avec strass et paillettes, il est facile de critiquer un cinéaste comme Michael Bay mais dans la satire de l’argent roi aux Etats-Unis, le réalisateur avait signé un film bien plus critique avec No Pain No gain sur l’état d’esprit du libéralisme américain qui incite à écraser d’autant plus son voisin et à accumuler l’argent de façon frénétique. Sans rentrer dans un débat Michael Bay ( qui a réalisé beaucoup de films ratés aussi), l’oeuvre doit être jugée pour ce qu’elle exprime et non pas par le prestige d’un réalisateur. Pour se consoler, on re regardera la Valse des pantins de Martin Scorcese où l’auteur maniait avec perfection satire, dénonciation et dérision de la société avec une finesse extraordinaire.

Le loup de Wall Street
Réalisation : Martin Scorcese
Avec : Leonardo Dicaprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Matthew McConaughey
Durée : 2H59

Crédit images
©Affiche films

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Pierre Descamps

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