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[Festival d’Autrans] »Pics de folie », une 33e édition éclairée et citoyenne

[Festival d’Autrans] »Pics de folie », une 33e édition éclairée et citoyenne

04 décembre 2016 | PAR Olivia Leboyer

Pour la cinquième fois, TLC se rend au Festival d’Autrans, incontournable rendez-vous des amoureux de la montagne. Cette année, pas le moindre flocon, la température est douce, l’hiver semble encore loin. En quelques jours, nous avons enchaîné les très beaux documentaires, les films de fiction, les dîners conviviaux, les débats… et même un cours de Taï Chi face aux sommets ! Et le palmarès ? C’est ici :

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La soirée de remise des Prix s’est ouverte en beauté, avec une performance d’Albane, une acrobate de la compagnie « Pieds en l’air », qui est descendue d’un filin dans une danse élégante et très sexy.

Immédiatement, nous avons été saisis d’émotion par l’hommage à Tancrède Melet, que nous avions admiré l’an dernier au Festival d’Autrans : ce fou-volant est mort dans l’année, à 33 ans, dans un stupide accident de montgolfière. Sa compagne et son bébé étaient présents pour cette 33e édition du Festival, où il nous manque fort. Mais, sur les images projetés, c’est la vie qui gagne la partie. Tancrède rappelle, avec simplicité, que la liberté est la chose la plus précieuse, et que les rêves doivent être réalisés. Indéracinable, la peur existe, mais ne doit rien empêcher. Souriant, désinvolte, fou, il rayonnera dans nos mémoires.

Ponctuée par les charmants intermèdes d’Albane, la soirée s’est déroulée à merveille, récompensant très largement La bergère des glaces de Christiane Moredelet et Stanzin Dorjai Gya : le documentaire reçoit le Prix du Public, le Prix de la meilleure réalisation et le Prix Nature et environnement. Les deux réalisateurs, la bergère (qui quittait ses hauts plateaux du Ladakh pour la première fois de sa vie), et sa belle-sœur ont mis du temps à rejoindre la scène. Ils se baladaient tranquillement dans Autrans, sans songer aux prix. Une fois devant nous, ils ont exprimé toute leur joie de voir leur projet soutenu (aider les dernières bergères du Ladakh à apprendre le tissage de la laine pour cesser d’être exploitées). La bergère, droite et confiante, nous a offert un chant, moment magique.

Le Prix INA de la première réalisation a également couronné un documentaire sur une bergère, Miren de Jeanne Bourgeon, dont le jury a souligné la poésie. Dans cette sélection INA, nous avions également apprécié Yamal de Yannick Besançon et Anna Savoskina, où le but, skier dans les grands espaces du Kazakhstan, change en cours de route, devant la chaleur des rencontres humaines.

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Le Prix Alpinisme et le Prix Vie des Hommes ont récompensé le même film, Tom d’Angel Esteban et Elena Goatelli, qui retrace les six ascensions des faces nords des Alpes par Tom Ballard. Si l’exploit sportif est remarquable, le film nous a touchés pour son humanité, Tom évoquant sa mère, alpiniste. La première fois qu’il a gravi un sommet, c’était dans son ventre. Aujourd’hui disparue, elle demeure présente en lui lorsqu’il affronte les montagnes. La filiation tient une belle place dans le film, puisque son père l’accompagne le plus souvent. Le documentaire Alpine Line, la grande traversée de Yann Borgnet et Guillaume Desmurs, a obtenu une mention spéciale.

Le Prix du film d’animation a été remis à Spring Jam, de l’italien Ned Wenlock, film pétillant sur les aventures d’un jeune cerf.

Les classes de CP et CE1 d’Autrans ont réalisé un film, Sauvetage, à partir d’une histoire lue en classe, et restituée avec une candeur adorable.

Enfin, le jury, composé de cinq membres (l’alpiniste Marion Poitevin, la dessinatrice naturaliste Aurélie Calmet, le réalisateur-auteur-producteur Guillaume Vincent, le guide haute montagne Yannick Graziani, le réalisateur et directeur de festival italien Luca Bich) ont décerné le Grand Prix 2016 : pour Samuel in the clouds, du belge Pieter Van Ecke. Joint par webcam, le réalisateur a remercié avec émotion le Festival et nous a délivré un message très fort : son film entend réveiller les consciences sur le réchauffement climatique, « Les politiques qui ne veulent pas voir cette réalité commettent un crime » lance-t-il, rappelant que son film se veut avant tout utile. Ce long métrage, lent et beau, impose son message avec superbe, sans aucune fioriture, et sans voix off. L’esthétique dépouillée témoigne de l’angoisse de Samuel, qui ne voit plus revenir la neige sur le Chacaltaya. La question du réchauffement climatique est posée avec justesse. Le récit de la mort du père de Samuel fait peser une forte charge émotionnelle et symbolique sur la disparition des glaciers. Le parallèle avec les recherches des scientifiques qui étudient l’atmosphère fait penser au film de Guzman, Nostalgie de la lumière.

Nécessaire et marquant, Samuel in the clouds est un très beau lauréat 2016. Avec humour et émotion, son réalisateur Pieter Van Ecke se dit heureux que Samuel parle de ce film comme de « son film » à lui.

Un grand bravo au Festival d’Autrans pour cette 33e édition au plus près des enjeux de notre planète.

Visuels : photo ©Olivia Leboyer

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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