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Dark Circus, le cinéma noir réinventé par deux poètes-bricoleurs de génie

Dark Circus, le cinéma noir réinventé par deux poètes-bricoleurs de génie

04 décembre 2016 | PAR Mathieu Dochtermann

Jusqu’au 17 décembre le Monfort propose de (re)découvrir l’univers poétique et merveilleux du duo STEREOPTIK, à travers le spectacle Dark Circus. Film réalisé à vue à partir de techniques variées, rêverie graphique prenant naissance dans une histoire de Pef, Dark Circus est un spectacle aussi mordant que beau, qui met intelligemment en abîme le cirque et le rapport à l’émerveillement. Chaudement recommandé à tous ceux qui peuvent encore regarder un spectacle avec l’innocence d’un enfant.

[rating=5]

Dark Circus, c’est la rencontre magique d’un duo de plasticiens-musiciens de grand talent, et d’une histoire malicieuse signée par Pef.

Ce qui impressionne d’abord le spectateur, c’est la maestria de Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet dans la création, en direct, d’un univers visuel et sonore complet. Le spectacle commence sur quelques accords de guitare électrique qui percent le silence, tandis que des traits d’encre noire se posent comme par magie sur l’écran initialement blanc. Progressivement s’esquissent et s’entrelacent une harmonique riche, faite de boucles superposées, et le décor de l’histoire, un chapiteau de cirque improbable planté au bord d’une ville aux lignes dures. Tout au long du spectacle, on est béat devant la coordination sans faille entre les deux artistes, tout autant qu’on est transporté de ravissement devant les images, majoritairement en noir et blanc, qui déploient leur poésie simple et élégante sous nos yeux. Il serait faux de dire que tout est réalisé à vue, certaines musiques, et les voix, étant enregistrées à l’avance, de même que des films d’animation viennent agrémenter les dessins et manipulations projetés en direct. On reste absolument charmé, néanmoins, par l’immense délicatesse du trait, et par la force d’évocation des différents éléments manipulés. Techniques hybrides exploitées par des bricoleurs de génie pour accoucher d’un spectacle inclassable mais profondément touchant.

L’histoire, si elle est d’abord un peu éclipsée par le plaisir de voir les artisans au travail, n’en est pas moins intelligente. Le Dark Circus est un cirque noir, pas seulement parce qu’il est dessiné en noir et blanc, mais parce qu’il s’amuse à mettre en scène les pires ratages. Jouant à fond la carte de la liberté narrative, il permet de renverser les fondements du cirque « réel » et de prendre un malin plaisir à voir les artistes défier la mort… pour finalement lui succomber. L’arobate finit écrabouillée, le dompteur dévoré, l’homme-canon satellisé autour de la Terre… Cette veine d’humour noire est entrecoupée d’épisodes purement onirique (la fuite du cheval), et prend fin lorsque la couleur jaillit enfin du fait de l’intrusion d’une balle rouge.

« Venez nombreux, devenez malheureux ! », telle est la devise du cirque campé dans Dark Circus, comme une ultime facétie : car si le public se presse très nombreux, adultes commea enfants, sur les sièges du Monfort, il ne fait aucun doute, à voir les grands sourires et les tonnerres d’applaudissement, que nul n’en repart malheureux.

Jusqu’au 17 décembre au Monfort à Paris, mais visible en tournée un peu partout en France… et dans le monde (Hong-Kong, San Francisco…) !

Dark Circus – STEREOPTIK
Créé et interprété par Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet
D’après une histoire originale de Pef
Regard extérieur : Frédéric Maurin
Régie générale : Arnaud Viala en alternance avec Frank Jamond

Infos pratiques

Dramaticules
Tanit Théâtre
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