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Une ouverture de Festival aussi enivrante qu’une soirée d’ivresse réussie-Night is short walk on girl

Une ouverture de Festival aussi enivrante qu’une soirée d’ivresse réussie-Night is short walk on girl

15 décembre 2017 | PAR Pierre Descamps

Pour la première du nouveau directeur général du Forum des images Claude Farge, la 15 ème édition du Festival Carrefour du cinéma d’animation a débuté en fanfare avec le film Night is short walk on girl. Complètement décalé et drôle, ce film est une petite merveille de film d’animation. On vous conseille d’aller le voir en vitesse avant que des fuites ne vous révèlent le contenu du film. 

Quelques verres, un restaurant, une tournée de shooters, la nuit s’annonce épique. Sur un rythme effréné, Maasaki Yuasa nous emmène à la rencontre de ses personnages loufouques ou sérieux, légers ou maladroits. Ce Teen-movie halluciné est très drôle car il détourne les passions amoureuses de ces individus pour en montrer avec tendresse toute l’absurdité.

Une nuit en ivresse 

On est ici plongé dans un univers d’ivresse, de fête mais aussi de désespoir où seule la nuit et l’instant présent sont beaux. Un moment où le temps est suspendu et où l’imprévisible fait surface quand cela lui chante.  Les choses se passent toujours différemment de la façon qu’on les avait pensées.
Plus les verres passent, plus les événements s’enchaînent, plus on perd le contrôle de sa propre destinée.

Ce sont les passions qui nous guident dans notre chemin de vie, qui donnent du sens à nos actions. Le film est une ode à ses passions intellectuelles, à la littérature et au théâtre. Le théâtre est ici considéré comme un transfert d’émotions où la ligne entre le comédien et la personne s’efface et où l’acteur lutte pour ne pas se faire censurer. Un drôle d’objet haï par les adultes qui souhaiteraient l’interdire mais joué en cachette par les enfants qui se déplacent pour ne pas être vus par la milice, par l’autorité ou par le pouvoir.

Brillant, le film est un miroir renversé des situations sociales montrant qu’il ne faut jamais être trop sérieux, que le sérieux nous tue à petit peu, malgré l’apparente stabilité que la société souhaite lui attribuer. Au contraire, c’est la fraîcheur, l’insouciance, mal perçue dans notre monde contemporain qui apporte la joie à soi-même et autour de soi. Il n’y a rien de plus amusant que d’enchaîner les verres et d’enrichir sa culture que ce soit au niveau de l’alcool ou des passions intellectuelles.

Ode à l’hédonisme 

Surtout, c’est l’intellectualisation des passions amoureuses ou romantiques qui les rend inaudibles. C’est ce cirque intérieur qui complique la vie de l’homme amoureux qui ne sait plus à quel saint ou sein (le sexe est un des nombreux sujets de détournement du film) se lier. L’homme intimidé est ainsi égaré par ses passions romantiques où la femme est idéalisée et par ses passions érotiques, la petite musique de sa tête devient ainsi insupportable et peut le rendre fou.
Le réalisateur prend un malin plaisir à montrer comment l’homme est un être compliqué qui en rationalisant tout, parfois s’empêche de passer des moments simples et amusants.

C’est au contraire de l’héroïne qui avance où le vent se porte avec force et détermination mais qui ne se laisse jamais faire, on pense notamment au coup de poing magistral qu’elle donne au pervers qui tente de profiter de son état d’ébriété avancé!). Une héroïne qui descend les boissons alcoolisés plus vite que son ombre mais qui surtout s’amuse et offre sa gaieté au monde. Elle ne se pose pas énormément de questions mais avance avec conviction, elle est ici le miroir inversé du héros principal du film. Elle offre sa simplicité et son enthousiasme au monde qui l’entoure.

Truffé de références, complètement barré, le film n’oublie pas d’être profond et intelligent. Une vraie bombe d’animation colorée et funky qui a entraîné un tonnerre de rires au Forum des Images et qui est certainement un des films d’animation de cette année 2017. Une vraie reconnaissance pour le réalisateur Maasaki Yuasa dont l’oeuvre est désormais connue en France et dont le succès a été salué par le numéro des Cahiers du Cinéma de ce mois ci.

Crédit Image : affiche du film

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