Fictions

« Avec vue sur l’Arno » d’E. M. Forster : Raison et sentiments

« Avec vue sur l’Arno » d’E. M. Forster : Raison et sentiments

15 décembre 2017 | PAR Julien Coquet

Rendu populaire par la belle adaptation de James Ivory sous le titre de Chambre avec vueAvec vue sur l’Arno est un roman d’apprentissage où l’héroïne apprend à se libérer des conventions sociales.

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Edward Morgan Foster a peu écrit : né en 1879 à Londres, il publie tout de même trois livres connus pour leur adaptation cinématographique : La Route des Indes (1924) inspire David Lean en 1984, puis James Ivory adapte deux livres de l’auteur, observateur des travers de son temps, avec Retour à Howards End en 1992 et Chambre avec vue en 1986.

Ce dernier film s’inspire d’Avec vue sur l’Arno, publié en 1908, dans lequel on suit les aventures amoureuses de Lucy. Comme tout bon roman d’apprentissage, les passions de Lucy ne peuvent s’exprimer librement et sont brimées par les sévères règles de l’ère victorienne. Oscillant entre Cecil et George Emerson, Lucy ne peut vraiment compter sur quelqu’un à qui se confier. La peinture des conventions sociales est une chose, celle des atmosphères de l’Italie que traversent Lucy et Miss Bartlett, sa tante, au début du roman, en est une autre. Les nombreux voyages qu’E. M. Forster a effectués lui permettent de faire ressortir le souffle de l’Italie et la vie qui parcourt Florence : « La Loggia béait, grotte à triple ouverture d’où le peuple des dieux, qui la hantent, fantomatiques mais immortels, abaissent leurs regards sur les apparitions et les disparitions des hommes. C’était l’heure d’irréalité – c’est-à-dire l’heure où l’étrange se fait réel ».

Le roman est par contre moins convaincant dans la peinture des conventions sociales en usage au début du XXème siècle. Nous ne pouvons juger la pertinence de ces règles à l’époque mais, pour le lecteur d’aujourd’hui, la progression de l’intrigue est parfois fastidieuse : il ne faut pas parler à certaines personnes, saluer d’autres d’une certaine manière, prononcer certains mots peut s’avérer vulgaire, la franchise est très mal vue, etc. La femme est à sa place et doit y rester : « Je vois le genre ; on a sa clef ; on tripote des machines à écrire ; on manifeste ; on hurle ; la police vous emporte ».

De plus, Avec vue sur l’Arno mériterait sûrement une nouvelle traduction tant la tournure de certaines phrases est étrange : on hésite entre un style qui a vieilli (« Ces dames se meuvent ; ainsi font Mr Beebe et George et le mouvement peut engendrer l’ombre ; mais le livre gît immobile, s’offrant à la crasse qui en crispe la couverture et lui fait faire le gros dos ».) et une traduction malencontreuse (« Au matin, l’étang avait repris ses dimensions et perdu sa splendeur. Mais il avait été l’appel lancé au libre abandon corporel – passagère bénédiction, dont l’influence pourtant ne passe pas, envoûtement, sainteté, calice, un instant, de jeunesse »).

Avec vue sur l’Arno, E. M. Forster, Pavillons Poche, 368 pages, 9,90 euros

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Julien Coquet

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