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MEURTRE MYSTERIEUX A MANHATTAN En exclusivité au Woody Club

MEURTRE MYSTERIEUX A MANHATTAN En exclusivité au Woody Club

06 septembre 2018 | PAR La Rédaction

Ce vendredi 7 septembre, la saison 3 du Woody Club s’ouvre en grande pompe avec la projection de l’irrésistible Meurtre Mystérieux à Manhattan, une comédie noire à voir ou revoir au Christine 21. Séance unique à 20H30.

L’assassin habite à Manhattan

« J’ai senti que durant cette période de tension, il était essentiel, et sain pour moi de travailler et même de me polariser sur mon travail » – Woody Allen.

1992. Maris et Femmes sort sur les écrans américains. Des couples qui se trompent, se mentent, se défont et se déchirent dans des appartements new-yorkais beiges, blancs et bourgeois. Le public boude le film (échec commercial cuisant), trop proche de l’idée qu’il se fait de la vie de Woody Allen à ce moment-là. Le réalisateur new-yorkais a mauvaise presse et réputation. Il vient de divorcer de Mia Farrow, les journaux font de sa vie privée leurs choux gras et la justice l’auditionne pour une sombre histoire d’attouchements sur mineur (Dylan Farrow, la fille adoptive du couple, en l’occurrence). Woody Allen est innocenté, mais cet épisode reste traumatique pour tout le monde. Au creux de la vague, charrié par les rumeurs, Allen se plonge dans le travail avec acharnement. Autour de lui, ses amis fidèles, ceux qui ne l’ont jamais lâché : Diane Keaton, Marshall Brickman (scénariste avec lequel Allen collabore depuis les années 1970) et Carlo Di Palma (chef opérateur de Woody depuis Hannah et ses sœurs, 1986). Ensemble, ils vont prendre du bon temps. Faire un film que le réalisateur souhaite léger et dégourdi. Le titre : Meurtre Mystérieux à Manhattan. Il sort en 1993, distribué par Tristar, et la flamme entre Woody Allen et son public est ranimée.

« C’est un délassement que je me suis accordé » confie-t-il à Stig Bjorkman dans son livre d’entretiens (Ed. Cahiers du Cinéma). « J’ai l’impression de m’être fait un petit cadeau, de m’être accordé le plaisir de faire un film qui m’amuse ». Prennent alors part à la fête Alan Alda, acteur fétiche de Woody, et Anjelica Huston, déjà à l’écran dans Crimes et Délits (1991). La joyeuse bande est au complet, Cole Porter est convoqué, la partie peut commencer.

Annie Hall, 16 ans après

Meurtre Mystérieux à Manhattan est une comédie policière dont Allen et Brickman ont eu l’idée quelques années plus tôt, restée dans les tiroirs. Le point de départ ? Un couple – Larry et Carol, interprété par Woody Allen et Diane Keaton – solide mais fatigué, qui troque ses soirées théâtre-cinéma-opéra-match de hockey contre une panoplie de détective en herbe. Le sujet de l’enquête menée : Mr House, voisin de palier. Le couple Carol-Larry évoque bien sûr de manière automatique le couple emblématique que Keaton et Allen ont formé dans Annie Hall, et retrouver le duo est ici tout aussi jouissif qu’émouvant. 16 ans après, la complicité des deux acteurs et amis est restée intacte. A l’écran, ils jouent comme des enfants jouent, et c’est bien cette fraîcheur et cette espièglerie qui font le charme de Meurtre Mystérieux à Manhattan. Le plaisir pris par les acteurs à l’écran est communicatif comme jamais.

Si Woody Allen parle de Meurtre Mystérieux à Manhattan comme d’un film sans ambition, une « gourmandise plutôt qu’un solide repas », il est à mille lieux de la réalité. En effet, le film réussit la prouesse de faire fusionner deux genres hétérogènes : la comédie et le polar. Ces deux genres ne se superposent pas, ils s’additionnent. La comédie irrigue le polar et le polar irrigue la comédie. Allen et Brickman co-signent une composition libre d’une énergie et d’une vitalité folles, convoquant les grands du rire et du noir, de Bob Hope à Wilder, Wells ou Hitchcock, mais aussi les grands du jazz et free-jazz. La mise en scène est virtuose, la caméra, portée, accompagnent les mouvements des personnages, leur bouillonnement et vacillement. Travellings et plans séquences ultra-fluides, jeu de cadrage et décadrage, de zooms et dézooms. Le cinéma est de chaque plan, il vibre comme les cordes d’une contre-basse, il éclate comme les miroirs sous les coups de feu dans La Dame de Shanghaï.

Tambours battants

Le rythme est intense. Il colle aux pouls des personnages, celui de Carol d’abord, Ted (Alan Alda) ensuite, Larry et Marcia (Anjelica Huston) enfin – on se plie en quatre pour résoudre une partie de Cluedo géant improvisée dans Manhattan. « Je suis étourdie de liberté » s’écrie Carol, ressuscitée par cette histoire policière qui a secoué son quotidien. Car ce dont il est bel et bien question dans Meurtre Mystérieux à Manhattan, c’est de la routine, celle qui endolorit le couple, celle qui le grippe. Carol et Larry s’aiment, mais l’amour est devenu une habitude parmi les autres. Ted, ami du couple, vient de divorcer et en pince depuis toujours pour Carol avec laquelle il passe ses après-midi, en planque, incognito, ce qui tape sur les nerfs de Larry. Puis il y a Marcia, romancière que les hommes regardent avec les yeux du loup de Tex Avery et qui flirte de manière tout à fait naturelle avec Larry et Ted. Un vaudeville, une scène de crime et une enquête amateure. Le programme est limpide : frisson, humour et nostalgie. Impossible de résister aux punchlines, dont l’une des plus célèbres est prononcée ici : « Je n’écoute jamais Wagner, ça me donne envie d’envahir la Pologne ». Tout est culte dans Meurtre Mystérieux à Manhattan, les tenues portées par Diane Keaton (un style unique, inimitable), les lunettes noires d’Anjelica Huston et son sourire enjôleur, la voix de Woody Allen qui déraille sous le coup des émotions, sa claustrophobie dans les ascenseurs, cette séquence de casting simulé, ces cinémas de quartier et leurs coulisses mystérieuses. Woody Allen a fait Meurtre Mystérieux à Manhattan pour se faire plaisir. C’est à nous que revient ce dernier.

Ava Cahen

Visuel : Image du film

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