Fictions

« Personne n’est obligé de me croire » de Juan Pablo Villalobos : C’est l’histoire d’un Mexicain, d’une Espagnole et d’un Chinois

« Personne n’est obligé de me croire » de Juan Pablo Villalobos : C’est l’histoire d’un Mexicain, d’une Espagnole et d’un Chinois

06 septembre 2018 | PAR Julien Coquet

Roman noir, roman comique et réflexions sur la littérature : Personne n’est obligé de me croire est un peu un OVNI de cette rentrée littéraire, et cela fait du bien.

[rating=3]

Juan Pablo, le narrateur, n’a jamais vraiment fait confiance à son cousin, roi des combines foireuses. Pourtant, lorsque celui-ci l’entraîne dans un de ses nouveaux plans, Juan Pablo ne peut résister, d’autant plus lorsque son cousin meurt assassiné sous ses yeux par une bande de mafieux mexicains. Comme prévu, notre héros part bien à Barcelone finir sa thèse littéraire mais il devra se séparer de son actuelle copine pour séduire une camarade de promotion, fille d’un richissime politicien corrompu.

Entraîné malgré lui dans un réseau criminel mafieux, Juan Pablo découvre Barcelone et sa population cosmopolite où se côtoient Chinois, Italiens, Pakistanais… Personne n’est obligé de me croire est aussi un collage de différents procédés littéraires, du récit à la première personne de Juan Pablo aux lettres envoyées par sa mère en passant par le journal intime tenu par la petite amie éconduite et éplorée dans une ville qu’elle n’apprécie pas et où tout est cher. Mélangeant fiction et réalité (après tout, « personne n’est obligé de me croire » répètent plusieurs fois les personnages), le lauréat du prestigieux prix Herralde en 2016 use de l’humour noir comme des jeux de langue pour souligner l’absurdité de la situation. Malgré une fin trop longue, le roman de Villalobos est un bon roman policier à l’humour bienvenu.

« Dans son cauchemar le plus récurrent, le vieux m’apparaît avec sa gabardine et son chien, sa chienne, je veux dire, et il me dit, plein d’angoisse : La blague, quelqu’un l’a trouvée drôle ? Je lui réponds que non et que je regrette, que je ne suis pas comme ça, que j’étais jusqu’à maintenant une personne incapable de tuer même un personnage de fiction. Je lui raconte qu’une fois j’écrivais une nouvelle pour un concours à l’université et qu’à un moment donné je m’étais rendu compte que le protagoniste, un détective privé qui s’était mêlé de ce qui ne le regardait pas, devait mourir. Mais je n’avais pas osé le tuer, car je m’étais attaché à lui. J’avais préféré renoncer à écrire la nouvelle, et pourtant le prix était de deux mille pesos. Le vieux frotte sa gabardine pour enlever une tache sur le revers et je lui trouve le regard le plus triste du monde : le regard vide des morts. Mais tu m’as quand même tué, dit le vieux. Et ce n’était pas une fiction. C’était la réalité. Vous êtes des cyniques, il dit. Vous tous. Les gens de lettres. »

Personne n’est obligé de me croire, Juan Pablo Villalobos, Buchet Chastel, 288 pages, 20 €

Visuel : Couverture du livre

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