Cinema

Gangs of Wasseypur, II: la saga indienne de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes

Gangs of Wasseypur, II: la saga indienne de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes

30 novembre 2012 | PAR Edwige de Montalembert

Le 26 décembre sort le 2ème volet de la saga indienne Gangs of Wasseypur écrit et réalisé par Anurag Kashyap et présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Sur fond d’exploitation minière dans la région de Wasseypur, Est de l’Inde, le film couvre l’affrontement de trois générations de gangsters (le clan Khan et le clan Singh) pour le pouvoir sur la ville de Dhanbad. Très apprécié par les Indiens, le genre du film de gangsters donne lieu à pléthore de films. Avec Gangs of Wasseypur, le réalisateur s’attache au genre en travaillant une violence accrue tout en détournant les codes pour lui donner la sauce indienne du film populaire musical. Le film mêle donc violence et spectacle, réalisme et poésie pour une tentative de cinéma international et indien. Le résultat est original mais peut laisser aussi perplexe.

Gangs of Wasseypur, partie II, raconte l’ascension inattendue de Faizal Kahn dont le père et le grand-père furent tués par Ramadhir et sa garde rapprochée (clan Singh). Quand Ramadhir ajoute à cela le meurtre du frère de Faizal, le jeune anti-héros s’allume d’une soif de vengeance incontrôlable. Alors que sa famille y compris sa mère le traitent de bon à rien sauf à se défoncer au haschich, Faizal réalise un acte de violence puissant qui lui permet de conquérir la ville par la peur. Faizal assoit son statut de parrain et la vengeance peut commencer.

L’histoire du film est adaptée de la réalité de la région de Wasseypur qui vit se succéder trois générations de gangsters et qui continue aujourd’hui de vivre dans le crime et la compromission. La 2ème partie est d’un niveau supérieur à la 1ère pour la tension permanente qu’elle parvient à créer grâce à une histoire ramassée autour de l’objectif unique du héros: venger la mort des siens, retrouver la dignité de sa famille. Sous nos yeux s’affrontent des esclaves du sang qui entretiennent la misère de leur ville, la peur et qui ne sont eux-mêmes plus maîtres du cercle infernal qu’il ont créé. Faizal Khan devient un vrai gangster tragique, héritier des meurtres de ses géniteurs et coincé malgré lui dans la spirale de la vengeance. La dimension réaliste du film tient également du culte voué par la gangsters pour les héros bollywoodiens qui confine au culte de la personnalité mais qui donne à la violence une dimension spectaculaire. Malgré cette épopée de sang, le film trouve des respirations avec les femmes qui apportent couleurs, danse et musique au film. Par là même, le film se rattache aux codes du film musical avec des scènes de mariage chantées (playback) et dansées: émotions assurées. La musique, pratiquement omniprésente, structure souvent l’histoire et il est fréquent de voir des scènes où les chansons racontent le noeud dramatique notamment quand la sensualité est en jeu, car rappelons que les scènes dénudées sont interdites dans le cinéma indien. Désir et sensualité sont ainsi suggérés et au mieux de longs ralentis et des regards langoureux viennent annoncer un érotisme certain. L’humour tient une place de choix et même s’il est parfois lourd (répétitions), il permet de décompresser de la violence.

Gangs of Wasseypur part II, est une expérience à faire pour ceux qui ne connaissent pas ou peu le cinéma indien – l’intrigue vous tient en haleine et les séquences typiques du cinéma populaire louffoque vous font supporter certaines scènes de boucherie. Alors que l’Inde sera l’invitée de Cannes 2013, le cinéma occidental se réveille devant le monstre qu’est devenu le cinéma indien avec ses 3,5 milliards de tickets vendus en 2009.

Gangs of Wasseypur II, écrit, produit et réalisé par Anurag Kashyap avec Nawazuddin Siddiqui, Huma Qureshi, Vineet Singh, Anurita Jaha, Zeichan Quadri, Tigmanshu Dhulia, 2012, Inde, 2h40, Happiness Distribution. Sortie en France le 26 décembre

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Edwige de Montalembert

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