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Deauville 2020, la sélection; « Love is Love is Love », de Eleanor Coppola : ou comment disserter sur l’amour par le prisme d’histoires tartes à la crème (re)servies à la sauce Love Actually

Deauville 2020, la sélection; « Love is Love is Love », de Eleanor Coppola : ou comment disserter sur l’amour par le prisme d’histoires tartes à la crème (re)servies à la sauce Love Actually

12 septembre 2020 | PAR Loïs Rekiba

Eleanor Coppola -l’épouse du célèbre réalisateur de « Apocalypse Now » et père du « Parrain »-  revient derrière la caméra, après Bonjour Anne, avec son film « Love is Love is Love ». Présenté dans la compétition du Festival du film américain de Deauville, le film d’Eleanor Coppola met en scène, à travers trois histoires, les variations et les différentes natures de l’amour. Un film un peu tarte à la crème et longuet qui ne restera pas dans les annales du septième art.

Love is Love is Love met en scène trois histoires qui prennent l’amour comme point de départ de développement d’un scénario d’une demi-heure. On y parle des différentes formes que peut être amené à prendre le sentiment amoureux : la loyauté, l’engagement, l’amour autant au sein du couple que dans les relations familiales ou amicales.

La première histoire, Two for Din­ner, met en scène un couple marié vivant tem­po­rai­re­ment loin l’un de l’autre mais qui, en fait,  se trouve être beaucoup plus éloi­gné qu’il ne le pense. On hésite à taire la fin, tant elle est attendue, mais passons. Cette première histoire affiche la couleur de tout le reste du film. Elle érige une certaine dimension vaudevillesque en seule et unique horizon d’attente du spectateur qui voit, pendant une demi-heure, le couple organiser des FaceTime pour partager leurs dîners pris dans des restaurants chics, à distance interposée, et jouant à fond la carte de tous les clichés de la gastronomie française, à bon coup de rabâchage de comportements culturalistes et clichés que l’on croyait éculés depuis déjà pas mal de temps pour un film présenté au festival du film américain de Deauville… 

Dans la seconde histoire, Sai­ling Les­son, le public suit cette fois-ci l’histoire d’un vieux couple issu de la banlieue américaine huppée, et évoluant dans un véritable décor à la Desperate Housewives. Le couple décide de passer une journée sur un voilier dans le but de raviver la flamme du sentiment amoureux d’antan qui s’est effacé par la routine et les lassitudes des weekends successifs partagés entre le club de lecture, les galas de charité du quartier, les parties du golf en plein cagnard et les séances shopping. Cette seconde histoire est certainement celle qui nous aura presque poussés à quitter la salle, tant celle-ci atteint des niveaux de mièvrerie et de clichés de traitement du couple que nous n’avions pas vu depuis…Love Actually (c’est pour dire !).

Enfin, la dernière histoire, Late Lunch, met en scène une jeune femme venant de perdre sa mère et qui invite à déjeu­ner les amies de la défunte afin d’évoquer son sou­ve­nir le temps d’une journée où toutes sont attablées autour d’une table bien garnie. À cette occasion, des révé­la­tions vont écla­ter au grand jour et la jeune fille comprendra qu’elle ne connaissait finalement que très peu sa propre mère. Late Lunch est définitivement l’histoire la mieux écrite et, avouons-le, la plus touchante de toute ce qu’il nous avait été donné de voir précédemment. Le travail d’Eleanor Coppola sur la variation du sentiment amoureux trouve bel et bien son effectivité (enfin!) dans ce scénario final traitant de l’amour filial ainsi que de l’amour amical avec une certaine gravité, avec esthétique et ingénuité du procédé dans la mise en scène d’une belle sororité réunie pour redonner vie à une des ses défuntes profondément aimée et remémorée avec pudeur. Dans Late Lunch, ce qui est intéressant c’est que la parole se fait cathartique. La caméra filme avec tendresse et réalisme la prise de parole de toutes les amies de la défunte mère qui racontent ce qu’était, pour elles toutes, cette femme écrivaine, libre de ses choix et ayant entretenu des liens d’une intensité à priori bien moindre -mais autrement intense (et c’est cet autrement de l’amour qui s’esquisse de manière touchante, par les regards et les sourires de chacune, au fur et à mesure des prises de parole)- avec sa propre fille.

Le film d’Eleanor Coppola nous aura paru un peu niais et longuet, tant le traitement de l’amour tombe presque sans cesse dans les travers du cliché. Alors même que le titre promettait de jolies choses et ouvrait des multiples horizons possibles de traitement de la variation du sentiment amoureux, en passant par un traitement plus spécifique et précis des différentes formes d’amour par exemple, voire, aussi, en se risquant un peu plus à creuser la psychologie des personnages même si le format des mini-histoires ne se prêtait peut-être pas à un tel traitement.

Love is Love is Love, de Eleanor Coppola, sortie prochaine 

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