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Deauville 2020, la compétition; « Holler » de Nicole Riegel : vivre et survivre à tout prix dans l’Amérique de Trump

Deauville 2020, la compétition; « Holler » de Nicole Riegel : vivre et survivre à tout prix dans l’Amérique de Trump

13 septembre 2020 | PAR Loïs Rekiba

Avec « Holler », son premier long-métrage présenté dans le cadre de la compétition de l’édition 2020 du Festival du Film Américain de Deauville, Nicole Riegel livre un film coup-de-poing aux allures de documentaire. Elle parle de la violence sociale qui pousse Ruth, une jeune fille à la volonté solide issue de la working-class de l’Ohio, à s’émanciper…au risque de laisser plein de choses derrière elle.

Dans une poche oubliée du sud de l’Ohio, dans une Amérique où l’industrie et les opportunité d’emplois se tarissent, Ruth (interprété par Jessica Barden), une jeune femme déterminée, envisage un espoir lorsqu’elle est acceptée à l’université. Aux côtés de Blaze, son frère aîné, elle rejoint une dangereuse équipe de ferrailleurs afin de réunir l’argent nécessaire pour accéder à l’éducation supérieure. Ensemble, ils travaillent dans les parcs à ferraille pendant la journée et volent la nuit des métaux précieux dans d’anciens fleurons industriels du coin. Avec son objectif en vue, Ruth découvre que le coût ultime d’une éducation pour une fille comme elle est certainement plus élevé que ce qu’elle a toujours cru.

« Holler », une transposition de la méthode filmique de Ken Loach dans l’Amérique précaire de l’ère Trump

Le premier film de Nicole Riegel choisit de traiter le thème de l’éducation. La réalisatrice explique, par le biais d’un message filmé face webcam laissé au public au début de la projection, que son objectif à travers Holler était de traiter la problématique du difficile -voire impossible- accès à l’éducation des jeunes filles américaines vivant dans les coins les plus reculés du pays. Ces mêmes endroits reculés dont Trump aura tenté de se faire le représentant en critiquant ouvertement les méfaits du dumping-social et l’emprise néfaste du la concurrence chinoise sur l’économie du pays venant amoindrir les possibilités d’emploi de la classe ouvrière. Holler sera donc l’histoire de l’accès d’une jeune fille, Ruth, à « cette chose inconditionnelle et inestimable » qu’est l’éducation.

L’histoire de Ruth emprunte, sur de nombreux points, des techniques du documentaire restituant la réalité d’une Amérique profonde totalement déclassée politiquement, socialement et économiquement.

Les visages sont filmés de manière frontale, la caméra privilégie un enchaînement de gros-plans pour suivre les visages et les corps fatigués qui s’adonnent aux mouvements aliénants du labeur quotidien. Elle capture aussi, avec un réalisme et une empathie honnête, les moments de socialibilité des employés pestant à haute-voix contre leurs cadres et affirmant désespérément l’impossibilité collective d’envisager un horizon d’avenir heureux.

On ne peut ainsi s’empêcher de penser au cinéma de Ken Loach, autant dans le choix de la thématique que dans le traitement frontal , engageant et sans nulle idéalisation de celle-ci.

Violence sociale et possibilité de relever la tête : le chemin difficile de Ruth vers la liberté

Holler est indéniablement un des films les plus importants de la sélection 2020 du Festival du Film Américain de Deauville. Nicole Riegel engage à travers sa caméra un regard brut  sur l’Amérique profonde d’aujourd’hui. Sur son ressentiment à l’égard de ses élites (la voix de Trump éructant avec verve ses promesses autour de l’envolée de l’emploi tourne en boucle à l’usine dans laquelle Ruth et son frère travaillent, désespérément, pour essayer de sortir leur mère toxicomane de prison). Mais aussi sur ses espoirs, comme nous le montre la trajectoire de Ruth, un personnage à la mentalité de fer dont la présence illumine à chaque seconde l’écran par un mélange de présence frêle et menue couplée à une force de caractère indéfectible, à une audace de présence et d’affirmation au monde surprenant tout ceux qui l’entourent, dans un monde social rude et dominé par les hommes. L’entièreté de son parcours étant filmée dans un monde d’une violence sociale indescriptible et pourtant palpable à même la caméra de Nicole Riegel qui filme, avec talent et gravité, une pluralité de tentatives de vies pour certains et, pour d’autres, de survies.

Avec Holler, Nicole Riegel -l’une des 20 réalisatrices les plus en vue du cinéma indépendant selon le magazine Filmaker– signe un excellent premier film sur la violence sociale contemporaine dans les coins les plus reculés de l’Amérique, et sur les tentatives individuelles- notamment celle de Ruth- de tenter coûte que coûte, armée d’une détermination inébranlable, le pas de côté décisif qui la mènera vers sa liberté, inconditionnelle et vitale.

 

 

Holler, de Nicole Riegel, avec Jessica Barden, Gus Halper, Austin Amelio, Grace Kaiser, Pamela Adlon, Becky Ann Baker, USA, 1h30, 2020. Date de sortie française inconnue.

 

 

 

 

 

 

 

visuel : Huntin Lane Films / Affiche

 

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Loïs Rekiba

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