Théâtre
« A l’abordage », arlequinade contemporaine d’après « Le triomphe de l’amour » de Marivaux

« A l’abordage », arlequinade contemporaine d’après « Le triomphe de l’amour » de Marivaux

13 septembre 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Emmanuelle Bayamack-Tam a écrit un texte au rythme délicieux malaxant notre époque et largement inspiré du Triomphe de l’amour de Marivaux. A voir au Théâtre de la Tempête.

L’amour existe : c’est sur ces mots que s’achève Arcadie, le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam. À l’auteure Clément Poirée a commandé la réécriture du Triomphe de l’amour de Marivaux après y avoir repéré comme une figure inversée d’Arcadie. Une petite communauté vit dans un repli de soi, dans un renoncement à l’amour et consacre son existence à la contemplation et à la méditation. Sasha l’héroïne intruse l’édifice pour y mener trois fronts , trois intrigues de séduction, tantôt femme, tantôt travestie en homme. Entre les deux extrêmes d’une même équation,  l’amour libre ou  l’abstinence totale, nous cheminerons avec Sasha au sein de ce qui occupe la pièce  : la séduction.

Le propos tient à une déception, celui du ratage de l’amour. Il tient aussi à l’énergie pulsionnelle et infantile des corps, à la conquête des désirs et de la liberté individuelle. L’auteure s’amuse avec les discours ambiants, avec la porosité des genres, la vulgarité des émotions et des mots. Son théâtre n’est pas de ceux qui engagés renvoient le spectateur à de longues élaborations. À l’abordage est un génial divertissement comme une photographie de l’époque du côté des smartphones et des réseaux sociaux. Il n’est qu’amusement et émerveillement.

Francois Chary est un arlequin inoubliable

Clement Poirée met en scène ce divertissement ; ce sera sa première pièce légère et superficielle. Il nous doit après l’arrêt si long du confinement ce cadeau exutoire de la joie du théâtre. La direction d’acteur du maitre de l’endroit se confirme une fois encore parfaite. La scénographie assure le show. Les entrées et les sorties au sein d’un plateau planté au milieu des spectateurs sont réglés avec précision assurant la décharge de toutes les énergies. Les comédiens sont admirables, chacun compose sa partition comique avec coeur et talent. Francois Chary en particulier est un arlequin inoubliable. Louise Grinberg dessine le personnage central de Sasha avec application et brio. Bruno Blairet, Sady Boizard, Joseph Fourez, Elsa Guedj et David Guez constituent autant de découvertes épatantes. Le public rigole ou glousse tout au long de deux grosses heures vite passées.

Ainsi, le théâtre de La tempête ouvre sa saison avec du grand spectacle qu’il ne faut pas rater. Parfois le théâtre lorsqu’il est de qualité se peut d’être distrayant sans se devoir édifiant. 

 

A L’ABORDAGE ! texte Emmanuelle Bayamack-Tam, d’après Le Triomphe de l’amour de Marivaux mise en scène Clément Poirée, durée : 2H15.

Crédit Photo : Morgane Delfosse

Le palmarès de la 46ème édition du Festival du Film Américain de Deauville sacre « The Nest » de Sean Durkin
Deauville 2020, la compétition; « Holler » de Nicole Riegel : vivre et survivre à tout prix dans l’Amérique de Trump
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *