Cinema

De vrais mensonges, cible émouvante sur les rapports mère-fille

10 décembre 2010 | PAR Olivia Leboyer

Après de très belles comédies comme Cible émouvante (1993), Les Apprentis (1995), ou, plus récemment Après vous (2003) et Hors de prix (2006), Pierre Salvadori revient avec De vrais mensonges, un film sans doute plus classique mais plein de charme. Sur les écrans depuis le 8 décembre.

De vrais mensonges est une comédie parfaitement maîtrisée, extrêmement bien écrite, drôle et touchante. Tout tourne ici autour des pouvoirs du langage, qui peut rapprocher les personnes ou les séparer, aussi brusquement. Emilie, jolie coiffeuse stressée et irascible (Audrey Tautou), reçoit une lettre d’amour anonyme, envoyée par Jean (Sami Bouajila), qui effectue des travaux dans le salon de coiffure. Le style lui paraît assez désuet, le message ne la touche pas. A peine s’interroge-t-elle sur son destinataire. Non, l’idée qui lui vient, c’est de recopier la déclaration et de l’envoyer à sa mère, Maddy (Nathalie Baye, absolument irrésistible !), en pleine dépression depuis que son sculpteur de mari l’a salement plaquée, quatre ans auparavant. Maddy se traîne en jogging, entre son canapé et le café du coin, le cheveu mou, ruminant sa tristesse. Avec cette lettre, Emilie tente une manœuvre, sans y croire tout à fait. Elle sait sa mère romanesque, rêveuse, alors sait-on jamais ? Bien sûr, le stratagème marche du tonnerre, et Maddy reprend immédiatement du poil de la bête. Mais comment continuer à jouer le jeu ?

L’intrigue fait penser à un charmant vaudeville, tout en quiproquos. Mais De vrais mensonges est beaucoup plus que cela. Le film fait rire, c’est vrai, mais la mécanique comique cède le pas devant l’émotion. La relation mère-fille est ici traitée avec une vraie délicatesse. Les personnages possèdent une densité, une complexité que l’on voit rarement dans une comédie. Sans révéler les rebondissements du scénario, disons seulement que Sami Bouajila (comme toujours excellent !) joue une partition particulièrement difficile. Et Audrey Tautou est parfaite en jeune coiffeuse complexée par son manque de culture. La voir s’échiner en vain sur son ordinateur pour inventer, à son tour, une seconde belle lettre d’amour est hilarant !

Un regret ? On ne retrouve pas la pure folie des Apprentis, avec Guillaume Depardieu et François Cluzet, vrai chef-d’œuvre de comédie. Ici, l’humour touche un peu moins à l’absurde (il y a, tout de même, une scène très réussie avec des Chinois !). Moins original, moins atypique que Les Apprentis, De Vrais mensonges demeure une comédie émouvante, amusante et intelligente sans être prétentieuse ou verbeuse, ce qui est suffisamment rare pour être souligné ! Les mots ne pèsent jamais, chez Salvadori, cinéaste réellement élégant. Et pour toutes celles qui aiment leur maman, De vrais mensonges est fortement conseillé !

 

 

De vrais mensonges, de Pierre Salvadori, France, 1h45, avec Audrey Tautou, Nathalie Baye, Sami Bouajila-Sortie le 8 décembre

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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