Cinema

[Critique] « The Captain », réussite toute en atmosphère et en tension

[Critique] « The Captain », réussite toute en atmosphère et en tension

18 février 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Très loin des blockbusters américains, le réalisateur Robert Schwentke révèle son talent en plongeant dans la toute fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’époque des désertions en masse des soldats allemands. Pour une reconstitution des sinistres faits d’armes de Willi Herold. The Captain – l’Usurpateur est un film dans lequel chaque parti-pris sert quelque chose, et où le cinéaste fait montre d’une maîtrise technique étonnante, qui parle aux sens.

Alors que la fin de la Seconde Guerre mondiale approche, Willi Herold est un capitaine de l’armée nazie, qui se montre impitoyable dans une Allemagne plongée en plein chaos.  Mais cet homme, en réalité, n’est pas le vrai Willi Herold : il a juste endossé son uniforme. Il est en vérité un soldat déserteur. Traqué au début du film, il se réfugie dans la boue pour échapper à ceux qui le poursuivent. Puis il découvre une voiture avec un cadavre, dont il prend les habits, meilleurs que les siens. La suite sera à l’avenant de ce comportement : pris pour un capitaine, il va se montrer sans pitié pour sauver sa peau à lui. En ordonnant, entre autres, un massacre de déserteurs repris, au camp d’Aschendorfermoor. Et le concept de tribunal d’exception va vite devenir sa spécialité.

Cette histoire vraie est racontée ici avec de la dureté, une économie d’effets, et des partis-pris de réalisation étonnants, surtout. Loin de déréaliser les images, la photographie en noir et blanc les rend sobres, dépouillées, comme débarrassées de tous les artifices du genre historique. Elles n’en apparaissent que plus crues. On note aussi que dans ce film, l’atmosphère sonore est composée de nappes musicales, assez menaçantes, qui semblent épouser le caractère des paysages filmés. Ceux-ci sont vides, désolés, et surtout, une tension très forte émane d’eux, et court tout au long de l’oeuvre.

Au sein de cet univers peint avec une justesse froide, les interprètes trouvent tous leur place avec brio. Et là encore, la mise en scène ne prend pas le pouvoir : certains personnages restent des figures particulièrement ambivalentes, et la caméra s’attarde sur eux. Le regard du brave mais loyal caporal Freytag (Milan Peschel), par exemple, est saisi à plusieurs reprises, et laisse deviner les sentiments de cet homme. Toutes les figures de The Captain portent leurs incertitudes sur la conduite à suivre devant Herold, incarné par l’impressionnant Max Hubacher qui parvient à afficher une impériale lâcheté affreusement humaine. Motivé par son seul intérêt, et surtout par son horizon minuscule – sauver sa peau à lui, rien qu’à lui – cet homme médiocre donne des ordres clairs. Et les conséquences ne se font donc pas attendre.

Frappant, actuel, et apte à traiter de façon passionnante et dure un pan de la Seconde Guerre mondiale pas tant vu que ça sur les écrans jusque-là, The Captain convainc totalement. Sa forme, accrochée à son sujet, mais avec une mini distance, laisse de l’espace pour que l’universalité et un aspect allégorique aussi puissent s’inviter, dans l’esprit de certains spectateurs. Surtout, on peut être marqué par la manière dont il peint la période de déclin de ce monde où la folie avait pris le pouvoir. Une telle peinture rappelle la force, à double tranchant, du doute. Et celle, toute aussi réversible, de la responsabilité individuelle. Le film fait sonner ces idées avec une grande sobriété, distillant la peur et le sentiment de mort de manière très subtile.

Distribué par Alfama Films, et présenté avec succès dans les festivals de San Sebastian, et Toronto, ou encore au Festival du Film Européen des Arcs, où il a reçu une Mention Spéciale au Prix du jury Presse, ainsi que le Prix du jury Jeune et le Prix 20 Minutes d’audace, The Captain – l’Usurpateur sera à voir en salles le 21 mars.

Visuels : © Alfama Films

© Julia M. Müller / Weltkino Filmverleih

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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