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[Critique] « L’été des poissons volants » : de magnifiques images pour un contenu opaque

[Critique] « L’été des poissons volants » : de magnifiques images pour un contenu opaque

31 mars 2014 | PAR Enora Le Goff

Pour son passage à la fiction Marcela Said s’interesse aux conflits entre propriétaires chiliens et indiens Mapuche, le tout à travers les yeux d’une adolescente. Si le film se perd dans son propos politique et écologique, il offre tout de même de belles images et une vision assez juste de l’adolescence, mais… il manque quelque chose.

[rating=2]

Synopsis: Manena est une adolescente déterminée et la fille adorée de Pancho. Ce riche Chilien, grand propriétaire foncier, ne consacre ses vacances qu’à une seule obsession : l’invasion de sa lagune artificielle par des carpes. Alors qu’il recourt à des méthodes de plus en plus extrêmes, Manena connaît cet été ses premiers émois et déboires amoureux – et découvre un monde qui existe silencieusement dans l’ombre du sien : celui des travailleurs indiens Mapuche qui revendiquent l’accès aux terres, et s’opposent à son père.

Le film s’ouvre magistralement dans un silence propre aux abords d’un étang. Ce dernier plongé dans la brume reste dans l’opacité fantasmatique de la forêt. Et c’est comme si tout le film baignait dans ce brouillard, laissant entrevoir par moments des scènes et des images d’une rare beauté. La violence est omniprésence, celle de la nature qui laisse voir un chien se noyer dans les marais, celle des hommes qui tuent et enterrent infiniment les carpes de l’étang, mais aussi celle des hommes entre eux, pour la propriété, pour la terre et son exploitation. L’été des poissons volants n’est pas un récit classique, des scènes en dehors de tout lieu et de tout temps viennent s’interposer au bout milieu du film, offrant parfois de véritables moments de grâce, comme cet anniversaire fêté dans les sources d’eau chaudes, dans les fumées qui s’échappent de l’eau, une scène presque irréaliste…

Au milieu de ce monde sans véritable logique le personnage de Manena avance, se forme et grandit, envers et contre tout, malgré la dureté du milieu, malgré les affronts de son petit ami, malgré la violence sociale qui monte graduellement. Et pourtant le film n’accroche pas, la construction trop irréaliste ne laisse pas le spectateur se placer dans le récit, l’aspect fantomatique de cette vie délaisse de tout enjeu humain, on n’est pas plus touché par la disparition humaine que par la disparition d’un poisson. C’est comme si la réalisatrice voulait nous immerger dans cet étang, dans ce monde de la forêt chilienne, nous en faire voir les fonctionnements internes sans nous fournir les lunettes de plongées nécessaires. Les lignes semblent trop distendues pour que l’on tire le message politique et écologiste du film,  et c’est dommage.

L’été des poissons volants de Marcela Said. Avec Francisca Walker, Roberto Cayuqueo, Gregory Cohen. 1h35, sortie le 23 avril.

Visuels (c): images du film

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Enora Le Goff

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