Cinema
[Critique] « God help the girl » de Stuart Murdoch : une rencontre en musique, modeste mais charmante

[Critique] « God help the girl » de Stuart Murdoch : une rencontre en musique, modeste mais charmante

01 décembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Le chanteur de Belle and Sebastian, groupe écossais, se consacre depuis 2009 à un projet-fleuve : l’histoire d’une fille dépressive, racontée en chansons. Après les disques, voici le film. Où trois jeunes acteurs, dont Emily Browning, font entendre leurs voix. Un conte au scénario mince, qui aurait pu être plus grisant, mais parvient tout de même à son but : capter une rencontre rare, au bon endroit, au bon moment.

[rating=3]

God help the girl AfficheEve enregistre son premier album dans un hôpital, sur un magnétophone, avec un piano pour accompagner sa voix. Lors d’une de ses fuites, elle rencontre James à Glasgow. James, guitariste à lunettes qui ne trouve jamais de nom pour ses formations rock. James qui lui présente Cassie, à laquelle il donne des cours. Une alchimie s’opère, et un groupe naît.

Trois êtres un petit peu bizarres, réunis au bon endroit, au bon moment. Voici ce que semble vouloir chanter ce film réalisé par Stuart Murdoch. Sujet inspiré. Qui nous fait regretter de ne pas voir assez les effets de cette alliance se déployer : on verra très peu le groupe jouer sur scène. Eve voulait qu’ils restent à trois : il y aura beaucoup de membres, en fin de compte. Mais le film ne s’attardera pas sur eux. D’autant plus dommage que, lors des morceaux joués, une énergie pop entraînante se dégage. La chanson « I’ll have to dance with Cassie », jouée dans une salle des fêtes, nous secoue. De même, lorsque James chante « Pretty Eve in the Tub », on est sous le charme. Mais le film préfère aux prestations live des tranches de réalité, enchantées par des chansons. Et à ce niveau-là, il fonctionne moins bien. Car il n’arrive jamais vraiment à décoller vers la comédie musicale virevoltante. Ainsi, lorsqu’Eve chante ses beuveries et malheurs, la mise en scène colle à la réalité

God help the girl est un film très simple. Est-ce une comédie sur la naissance d’un groupe de génie ? Non, car la formation créée est peu décrite, et n’est pas au centre du récit. Est-ce alors le portrait profond d’une fille dépressive ? Non plus, car son scénario emprunte des chemins de traverse : amours d’Eve avec le chanteur Anton (charismatique Pierre Boulanger), jalousie de James, tentatives pour passer à la radio… Le film ne débouche pas sur un constat, ou une conclusion tétanisante. Il conte simplement l’histoire d’un bonheur, survenu des suites de la rencontre entre trois êtres qui avaient quelque chose à faire ensemble. On regrette de ne pas voir plus ce quelque chose. Mais on aime le charme qui se dégage de cette réalisation : sa photo, simple, et en définitive, lumineuse ; et ses scènes qui prennent leur temps. Qui disent peu, mais montrent comment le bonheur peut éclore.

God help the girl s’apparente, comme beaucoup de films actuels, à une « errance d’indécis ». Mais ces indécis-là donnent envie de marcher au hasard avec eux. Car qu’y a-t-il de plus beau que de découvrir, cachée derrière le quotidien le plus anodin, une chanson ? Une chanson simple, à fredonner ?

God help the girl, un film réalisé par Stuart Murdoch. Avec Emily Browning, Olly Alexander, Hannah Murray, Pierre Boulanger. Comédie dramatique musicale anglaise. Durée : 1h51. Sortie le 3 décembre.

Visuel : © Mk2

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected]ee.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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