Cinema
Costa-Gavras : « Il y a des grands enjeux à traiter ensemble en Europe»

Costa-Gavras : « Il y a des grands enjeux à traiter ensemble en Europe»

10 décembre 2020 | PAR Yaël Hirsch

La cérémonie des 31e european Film Awards a lieu le 15 décembre. Le réalisateur franco-grec de Z, Missing et Adults in the Room, est, après Manoel de Oliveira, Michel Piccoli, Sir Michael Caine et Andrzej Wajda, le 5e lauréat du Prix Honorifique du Président de la European Film Academy. Grâce aux European Film Awards et à leurs programmes d’échanges, cette année numériques, nous avons été quelques-uns à pouvoir le rencontrer sur zoom pour qu’il nous parle de cinéma et d’Europe.

Quel effet cela vous fait-il de recevoir ce prix depuis chez vous ?
Nous pouvons discuter à travers des ordinateurs. Ce n’est pas très humain, mais nous attendons l’an prochain pour la vraie vie. Si cette chose dure et que les publics s’habituent aux télévisions ou petits écrans, il y a des chances que les gens n’aillent plus au cinéma, ce qui est pour moi la meilleure manière de découvrir un film. J’ai hâte que les cinémas rouvrent le 15 décembre en France. Les choses vont changer terriblement dans le futur. Le cinéma s’est arrêté avec le début du numérique et va entrer dans une nouvelle étape. Est-ce que le cinéma européen va rester aussi divers et les réalisateurs aussi libres ? Si l’on transforme les théâtres en supermarchés, nous allons tous continuer à rester enfermés à la maison. La solution, c’est peut-être de créer des Cinémas Nationaux.

Comment avez-vous décidé de tourner ce film qui est peut-être plus dédié aux rouages de l’Union européenne qu’à la crise grecque ?

Vous savez, quand j’ai lu le livre de l’économiste Yánis Varoufákis, j’ai su que je devais faire un film qui était, en fait, impossible à faire. Moi qui cherche toujours à coller au plus proche du réel dans mes films, j’aurais dû entrer dans les cabinets ministériels, présidentiels et dans les salles des institutions européennes. Ce n’était pas possible, et filmer deux heures de théorie économique non plus.

Vous n’avez pas hésité entre la fiction et le documentaire ?
D’abord, comme je vous l’ai dit, je ne voyais pas comment entrer dans les instances de décision. Et puis il me semble qu’on a beaucoup plus de liberté dans la fiction que dans le documentaire. Alors j’ai voulu faire un film qui soit aussi un spectacle, une sorte de tragédie avec un chœur. J’aurais voulu avoir à l’affiche des acteurs très connus, mais je voulais aussi suivre mon principe de réalisme et pour moi chacun devait parler dans sa langue et on devait sentir que c’était bien la langue du personnage : j’ai donc abandonné le casting de stars, mais pas l’idée de casting européen avec Christos Loulis parlant grec en Varoufakis, Ulrich Tukur parlant allemand en Schauble … etc.

Adults in the room est très sévère vis-à-vis de l’Union européenne et, notamment, de sa bureaucratie face à la crise grecque. Diriez-vous la même chose aujourd’hui face à la crise COVID19 ?
Bien sûr nous sommes encore dans le système capitaliste extrême que je décris dans Adults in the Room, mais je crois que trois choses importantes pour l’Europe ont fait que tout a changé : D’abord en Europe, il y a trois femmes à des postes-clés : Ursula von der Leyen à la tête de la Commission, Christine Lagarde à la tête de la BCE et Angela Merkel comme chancelière allemande. Je pense aussi que Donald Trump a été une sorte de contre-modèle et puis trois femmes sont au pouvoir. Et enfin, il y a le virus. Il nous a rappelé que les frontières n’étaient pas tout et que nous étions solidaires face à l’adversité. Il y a de grands changements dans le monde et si nous restons nationalistes nous serons mangés, pays après pays. Il n’est pas bon d’avoir en Europe des leaders d’extrême-droite et nationalistes comme en Pologne, Hongrie ou Italie, il va falloir que les pays européens réagissent ensemble. Il y a des grands enjeux à traiter ensemble, aujourd’hui, c’est le virus, demain, c’est l’écologie !

Et du côté de la culture, êtes-vous également critique vis-vis de l’Union européenne ?
Le problème avec l’Union européenne, c’est qu’il n’a pas de politique commune vis-vis de la culture et particulièrement vis-à-vis du cinéma. Évidemment, je suis ravi de recevoir ce prix prestigieux devant l’European Film Academy, mais pour l’instant, il n’y a pas de cinéma européen : il y a des films personnels, nationaux, mais pas européens. Il devrait y avoir de l’aide à la création, mais aussi à la distribution pour que nous puissions tous voir des films d’autres pays européens.

visuel (c) Copie d’écran entretien zoom

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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