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Pas de nouvelle palme mais de l’humour dans « Happy end » de Michael Haneke [Cannes, compétition]

Pas de nouvelle palme mais de l’humour dans « Happy end » de Michael Haneke [Cannes, compétition]

22 mai 2017 | PAR Yaël Hirsch

Après avoir triomphé avec une Palme pour le puissant et amer Amour en 2012, Michael Haneke est de retour sur la croisette avec Happy End. Un film présenté comme une « comédie » et où le réalisateur retrouve ses comédiens fétiches : Isabelle  Huppert et Jean-Louis Trintignant, pour leur accoler la présence fraîche de Mathieu Kassovitz. Happy End est un Haneke plus léger, qui peut décevoir ceux qui l’aiment âpre et cruel. Mais le cadrage parfait de la vie bourgeoise et l’humour qui jaillit entre les plans demeurent un vrai régal de leçon d’anatomie.

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Non loin de la jungle, à Calais, on peut trouver une grande famille bourgeoise européenne comme les autres. Menée d’une main de maître par la mère, Anne (Isabelle Huppert toujours aussi cliniquement sexuelle chez Haneke), l’entreprise de BTP des Laurent fleurit. De même que les rennes du business, Anne tient la bride serrée à son élégant père (Trintignant tellement parfait que ce serait presque palpable) et à ses deux enfants, dont l’aîné vrille doucement (Franz Rogowski). L’arrivée de la nièce d’Anne dans la maison en bouleverse l’ordre. Orpheline de mère, la petite Eve, 13 ans (Fantine Harduin, qui crève l’écran), vient vivre avec son père, Thomas (Kassovitz génial dans ce personnage sans vertèbres) remarié et qui l’a délaissée …

Portrait au vitriol d’une famille bourgeoise avec couple de gardiens et chien de garde, ce Happy end n’est peut être pas une comédie américaine, mais l’ironie de Haneke affleure derrière ses plans parfaits et sa maîtrise intégrale des personnages. Jamais lourd, toujours dans le trait incisif et précis, il suggère même un début de tendresse dans la relation grand-père / petite fille qui surprend dans son cinéma souvent si clinique. Sur les sujets graves du film, Haneke est d’une subtilité admirable : aucun membre de la famille n’est caricatural et  les migrants arrivent en final mais presque avec naturel. La seule lourdeur stylistique du film est l’obsession du réalisateur pour les nouveaux médias : la présence du smartphone et les conversations de messenger sont un peu trop appuyées pour qu’on n’aie pas envie de dépasser l’adage qui veut que le médium est le message ! Le dernier plan est parfait et ce Happy end bien ficelé est sans peur et sans reproche, si ce n’est celui, pour un réalisateur déjà palmé d’être moins intense que les précédents opus.

Happy end, de Michal Haneke, avec Isabelle Huppert, Matthieu Kassovitz, Jean-LouisTrintignant, Allemagne – Autriche – France, 2017, 1h47. En compétition officielle cannes 2017. Sortie francaise octobre 2017.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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