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Cannes 2022, Un certain regard : Plan 75, sujet en or pour un scénario qui déroute un peu

Cannes 2022, Un certain regard : Plan 75, sujet en or pour un scénario qui déroute un peu

10 juin 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Pour peindre un Japon d’anticipation où l’euthanasie est promue, ce long-métrage a recours à un scénario qui piétine quelque peu.

Le Japon, dans un futur proche. Le « plan 75 » est un programme d’Etat adopté qui est destiné à encourager les personnes âgées, passés les soixante-quinze ans, à mourir par euthanasie. Somme à dépenser librement allouée, organisation précise de ce départ du monde des vivants… tout est prévu, pour les candidats sélectionnés. Car dans un premier temps, alors que son action débute, ce plan procède à une sélection sur dossier.

Ce film suit trois personnages principaux, avec des âges et des statuts sociaux tous différents : trois protagonistes qui vont être confrontés à ces nouveaux procédés d’Etat. L’insistance sur ces différences sociales caractérisant ces personnages est là, on s’en doute, pour qu’en creux un tableau de la société japonaise actuelle soit réalisé. A priori, la dialectique qui sous-tend ce long-métrage est donc intéressante.

C’est sa forme qui étonne quelque peu, et finit par perdre : ainsi, les images s’attachent beaucoup notamment à une protagoniste qui n’est autre qu’une femme âgée, dans les années qu’il faut pour se porter candidate pour le programme destiné à l’aider à mourir. L’ennui, c’est qu’entre le moment où on l’informe que sa candidature a de grandes chances d’être acceptée, et l’instant où elle l’est, beaucoup de scènes s’écoulent.

Si sur le papier, elle est un personnage intéressant – très âgée, elle travaille toujours en restant non-déclarée, tout en demeurant à la peine là où elle vit car on veut la déloger, entre autres soucis – à l’image cela reste plus fragile. Les scènes où elle s’active apparaissent bien longues, bien étirées : elles finissent par quelque peu diluer l’enjeu central, et trop appuyer le volet social.

D’autre part, la mise en scène de la réalisatrice Chie Hayakawa ne passionne pas trop : on a l’impression qu’elle désire principalement s’attacher aux humanités qu’elle suit, les filmer dans leur quotidien. Mais comme ce dernier est traduit de façon un peu trop lourde et insistante, on reste en dehors. Malgré la situation hors-normes qu’il met en place, le film passionne au final hélas peu.

Plan 75 sortira dans les salles de cinéma françaises le 28 septembre.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2022

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Visuel : © Eurozoom

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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