Cinema
Cannes 2022, Un certain regard : Harka, peinture sociale aux belles fulgurances poétiques

Cannes 2022, Un certain regard : Harka, peinture sociale aux belles fulgurances poétiques

21 mai 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

On croit pouvoir deviner son contenu d’avance, mais non : ce film sur la jeunesse tunisienne recèle en fait de petits trésors poétiques, distillés en voix-off.

Habité par une rage intérieure, Ali a quitté sa famille. Il veut aussi quitter son pays, la Tunisie, et tout ce qui en fin de compte le fait se sentir tel qu’il se sent : comme un zéro. Tout à coup son père très malade meurt : par la force des choses, Ali se rapproche de ses deux jeunes sœurs. L’argent, les responsabilités : tout se met à poser des problèmes. Qu’importe, les destins de ces trois jeunes dans un pays où l’économie ne les ménage pas sont désormais liés. Ali, qui ne sait que vendre de l’essence au marché noir ou aller la vendre via des trajets en camionnette illégaux, va tenter de se maintenir et de maintenir sa famille sur un bon cap.

Chronique sociale triste sous un soleil éclatant qui fatigue aussi la peau, ce film de Lotfy Nathan entend, bien entendu, donner un aperçu d’une situation critique. Au niveau des moyens choisis, déjà, le cinéaste se montre fin, préférant les scènes directes et chargées en rage, peu insistantes, et l’étude des visages : au premier rang de ces derniers trône celui de son interprète principal, Adam Bessa, très expressif et comme coulé dans la colère. À ses côtés, Ikbal Harbi, entre autres, impose son charisme tout juste, dans son rôle de jeune sœur qui ne lâche pas côté espoir.

C’est d’ailleurs, en fin de compte, de ce personnage de jeune sœur que surgit la plus belle qualité du film : de temps à autres, sa voix se met à résonner et à raconter son grand frère, méditant sur lui et sur le souvenir qu’elle a de lui, comme si la fatalité avait déjà fait son œuvre. En ces instants, ce qui est raconté en appelle autant aux faits sociaux concrets qu’aux divagations abstraites. Et le métrage de se faire très ouvert, et poétique, à sa façon.

Présenté au Festival de Cannes 2022 au sein d’Un certain regard, Harka sortira dans les salles de cinéma françaises distribué par Dulac Distribution.

 

Visuel : @ Dulac Distribution 

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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