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BERLINALE : « El prófugo » : Ça va pas la tête !

BERLINALE : « El prófugo » : Ça va pas la tête !

22 février 2020 | PAR Samuel Petit

La jeune réalisatrice argentine, Natalia Meta, adapte le roman « Le moindre mal » de son compatriote C.E. Feiling dans son deuxième long métrage. Le premier film présenté en compétiton, aux allures de thriller néo-noir et psychotique, rappelle, sans les égaler, les grandes heures de Roman Polanski (Répulsion) ou de Brian de Palma.

Inés (Érica Rivas) est comédienne à Buenos Aires : elle double des films de séries Z et chante dans une chorale. Son voyage au Chili avec son nouvel petit ami (Daniel Hendler) prend un tour inattendu… Le retour est traumatisant pour Inès qui sombre dans une folie paranoïaque. Plus elle cherche à en comprendre les ressorts, plus sa capacité (et peut-être sa volonté) à soigner son trouble de la réalité devient un horizon lointain.

La réalité et les cauchemars ne se différencient pas à l’écran par des sauts esthétiques ou temporels, mais au contraire les états de conscience et d’inconscience s’enchaînent souvent dans les mêmes plans séquences. Ce procédé dramaturgique a pour effet de nous plonger dans les doutes de la protagoniste, de nous faire partager ses craintes et ses incompréhensions face aux démons qui la traquent dans son sommeil et au-delà même de celui-ci.

Il est de notoriété internationale que les Argentins, et plus encore les Porteños et les Porteñas (les habitants de Buenos Aires) sont de grands angoissés, addicts à leurs psychologues et psychiatres et aux anti-dépresseurs que ces derniers prescrivent. Dans le film, tout un chacun, de son petit ami à son prof de chorale, ne cesse de donner des pilules à Inés. Si bien que celle-ci apparaîtrait presque en filigrane comme une allégorie de cette société entière, rompue aux anxiolytiques et en rupture avec la réalité. Ainsi, le film s’enfonce délibérément dans la folie d’Inés jusqu’à ne plus pouvoir offrir aux spectateurs une capacité à déceler le vrai du faux, le vécu du fantasmé, le consenti du déni. Dans cette folle logique de pertes de repères, si tout devient sujet à doutes, alors on se met à questionner également l’objectivité qui présente Inés comme une victime, et ce dès le choc traumatique initial des premières scènes.

 

Photo : © Rei Cine SRL, Picnic Producciones SRL

 

 

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Samuel Petit

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