Cinema
[Berlinale, Compétition] : Blind massage de Lou Ye, chassés-croisés amoureux à l’aveugle

[Berlinale, Compétition] : Blind massage de Lou Ye, chassés-croisés amoureux à l’aveugle

11 février 2014 | PAR Olivia Leboyer

Après Love and Bruises (2011) et Mystery (2012),  Lou Ye  livre un film singulier, tout en sensations. Car ce Blind massage se déroule dans le microcosme d’un petit salon tenu par des masseurs aveugles.

 

 

 

 

[rating=2]

 Le film s’ouvre sur l’accident du jeune Ma, qui perd la vue. Les médecins promettent que la déficience est temporaire, et Ma commence par patienter. Quand il réalise qu’il restera aveugle, désespéré, il tente de se suicider. La scène est violente, sanguinolente. Puis, Lou Ye nous entraîne dans l’univers ouaté d’un centre de formation pour masseurs aveugles : en Chine, ces salons de massage existent et connaissent un certain succès. Nous pénétrons ainsi dans un microcosme, quasiment dans un petit monde parallèle. Ici, Ma n’est plus seul, mais entouré de personnes qui ne voient pas non plus. Partagent-ils pour autant la même vision de la vie ? Lou Ye filme les chassés-croisés amoureux de cette petite communauté. Non sans humour, l’une des masseuses remarque que le coup de foudre ne peut pas, pour eux, s’opérer visuellement : pour que la rencontre ait lieu, il faudrait, au sens propre, se percuter. Et, ironiquement, la beauté n’est plus un appât aussi sûr. Au sein des masseuses, il y en a une qui est une beauté : mais ses collègues ne peuvent, bien sûr, pas se la représenter. Ces télescopages, des occasions manquées ou ces moments d’échange sont assez bien rendus. Lou Ya souligne les frôlements, l’importance des sons, des voix, des odeurs.

Mais il est dommage que ces personnages se parlent, en définitive, assez peu. La rencontre s’apparente un peu à un coup de force, ou à un coup de dés. Le fameux destin, auquel Lou Ye nous dit que les aveugles croient sans doute plus encore que les voyants. Dans ce petit groupe de masseurs, tous ne souffrent pas de la même façon. Certains sont plus sensibles aux humiliations, au sentiment de faire partie d’une catégorie dominée, ostracisée. Lou Ye filme les séquences de désespoir, sans en occulter la violence. On peut regretter les assertions philosophiques un peu lourdes de la voix off, qui empêche ce Blind massage de nous communiquer une émotion tangible.

 

Blind massage (Tui Na) de Lou Ye, avec Guo Xiaodong, Qin Hao, Zhang Lei, Chine, 2014,114 min. En compétition.

visuel : photo officielle du film © Travis Wei

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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