Cinema
Arras Film Festival, Jours de Compétition : aventures européennes et salles pleines

Arras Film Festival, Jours de Compétition : aventures européennes et salles pleines

13 novembre 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Une Compétition de films européens au carrefour des nationalités, et une audience cinéphile et professionnelle totalement de retour : le menu des derniers jours de cette édition 2022 du Festival.

Au sein du Festival du Film européen d’Arras, on se mêle cette année à une audience très nombreuse. À ce titre, lors de la Conférence bilan le matin du 13 novembre, Eric Miot le délégué général de l’association organisatrice Plan-Séquence souligne les différences de cette édition avec celle de l’an précédent. En 2021, année de reprise après le coronavirus, le public présent était davantage local. En 2022, les spectateurs cinéphiles venus de plus loin sont de retour. Selon Eric Miot, l’événement est aussi redevenu un carrefour où se rencontrent des professionnels du cinéma et responsables de structures liées au septième art et à son industrie, français ou venus exprès de bien des pays d’Europe.

Échanges

Eric Miot explique par exemple que le réalisateur tchèque Petr Vaclav, là cette année en Compétition pour l’Atlas d’or avec son film Il Boemo, a pu rencontrer des responsables d’Arte intéressés pour de futurs travaux avec lui, pendant les Arras Days, le forum de coproduction mettant en relation projets de films européens au stade de l’écriture et grands acteurs du secteur. Nadia Paschetto la directrice du Festival (notre interview ici) rappelle à ce titre qu’Antonio Lukich, présent cette année lui aussi en Compétition avec son long Luxembourg, Luxembourg a présenté son projet, amené à terme en 2022, lors des Arras Days en 2020.

Outre ce travail touchant les films coproduits dans toute l’Europe,  une partie des Avant-Premières cette année a rassemblé des films produits en région Hauts-de-France. Nadia Paschetto et Eric Miot soulignent la qualité de cette sélection, montrant des oeuvres choisies avant tout pour leur excellence.

La Compétition pour l’Atlas d’or : Nationalités se croisant

Outre les longs-métrages présentés en amont de leur sortie programmée, avec parmi eux certains allant être montrés dans trente-et-un cinémas en région dans le cadre du Off du Arras Film Festival, la Compétition de neuf films offre pas mal à découvrir, chaque année. En 2022, elle est en partie tissée par des échanges entre différentes nationalités. Des rencontres présentes dans les images comme dans les processus de coproduction. On a déjà évoqué Il Boemo : il est signé par le réalisateur tchèque Petr Vaclav, et peint la vie du compositeur oublié Josef Myslivecek, également tchèque. Il se déroule cependant essentiellement en Italie, et à ce titre, il a donc également été coproduit dans ce pays. Il met d’ailleurs en scène un personnage central qui paraît chercher sa place de génie musical au sein d’un temps marqué par de nombreux usages, très précisément montrés. Si le film s’avère parfois trop descriptif, et aurait pu un peu davantage creuser la particularité de son protagoniste, on aime lorsqu’il se penche sur sa musique et le caractère de cette dernière.

Les nationalités se rencontrent aussi dans L’Homme le plus heureux du monde. Signé par la réalisatrice macédonienne Teona Strugar Mitevska, il se déroule en Bosnie. Il peint les difficultés des différentes identités en présence dans Sarajevo pour vivre ensemble, suite à l’histoire meurtrière ayant marqué la ville. Pour ce faire, il imagine une journée de speed-dating, au sein de laquelle une femme rencontre un homme pas par hasard. Sa qualité réside dans les couleurs qui imprègnent ses images, et sa photographie qui fait surgir des ombres bienvenues sur les visages.

Victim est tissé un peu de la même manière. Il est réalisé par le slovaque Michal Blasko, se passe en République tchèque, et suit une femme ukrainienne et son fils désirant plus que tout acquérir la nationalité du pays où ils résident. Un événement qui envoie le jeune homme à l’hôpital complique (ou pas) tout. Avec là encore en arrière-plan, un vivre-ensemble pas simple. Si on aurait bien vu son récit déployer davantage ses personnages et leurs aspirations, intéressantes sur le papier, on finit par s’attacher au jeu de l’actrice centrale, Vita Smachelyuk, qui découvre peu à peu l’empathie.

La Compétition : Identités en reconstruction

Figure aussi dans la sélection Wolka. Réalisé par Arni Olafur Asgeirsson, islandais hélas mort en 2021, il a pour protagoniste central une jeune femme polonaise, qui sort de prison et part en Islande pour retrouver celle qu’elle aimait, qui a tenté de la fuir en recommençant tout très loin de chez elle et lui a volé son avenir. Un personnage principal qui se définit avant tout par sa capacité à toujours trouver en elle de la force pour continuer ses luttes, et qui constitue la qualité centrale de ce long-métrage.

Nowhere, autre titre de cette Compétition signé par le réalisateur Peter Monsaert, est une production entièrement belge. Il prend le parti de faire se croiser deux êtres qui essayent de se trouver une base pour repartir : l’homme abîmé André et le jeune voleur sans famille Thierry. Se déroulant dans les chantiers plus ou moins légaux et sur les routes, il vaut avant tout pour l’interprétation viscérale du jeune Noa Tambwe Kabati. Film qui se passe aussi sur un chantier empli d’aléas, Working Class Heroes se limite lui au paysage social de Serbie. Il s’attache à dénoncer sa corruption, déjà bien assez lourde. Il est réalisé par Milos Pusic.

Les personnages s’activant au coeur de ces scénarios provoquent en tout cas l’intérêt fort et l’engouement du public, qui continue à remplir les salles pour les projections de la Compétition, année après année à Arras. Eric Miot confiait à ce titre, pendant la conférence de bilan du 13 novembre, que le Festival avait enregistré « le meilleur jeudi de son histoire« , quelques jours plus tôt. Il ne reste qu’à souhaiter une édition 2023 riche et record elle aussi, avec des salles toujours pleines.

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Visuel : L’Homme le plus heureux du monde © Pyramide Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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