Cinema
Arras film festival jour 2 : une journée sous le signe de la photo

Arras film festival jour 2 : une journée sous le signe de la photo

06 novembre 2022 | PAR Julia Wahl

Entre photo compromettante et photo souvenir, c’est bel et bien la photo qui réunit les films vus aujourd’hui. 

La photo compromettante : Le Piège de Huda 

Photo compromettante d’abord : c’est celle que Huda a prise de Reem dans son salon de coiffure. Alors qu’elles vivent toutes les deux à Bethléem, Huda, sous la menace des services secrets israéliens, drogue ses clientes avant de les photographier au lit avec un jeune homme. Terrifiées à l’idée que leurs maris ne voient les clichés, les clientes acceptent alors de servir de mouchardes. À cette première menace s’en ajoute une autre, celle de la résistance palestinienne, qui fait la chasse aux traîtresses. Huda et Reem se retrouvent ainsi tiraillées entre les deux organisations et tentent de survivre dans un monde où le soupçon d’adultère peut être synonyme de mort. 

Le Piège de Huda, c’est donc à la fois le piège que la coiffeuse tisse et celui qui se referme sur elle. Le réalisateur Hany Abu-Assad (Le Mariage de Rana, Paradise now) signe ici un film suspendu entre le film politique et le thriller, dont tout manichéisme est exclu. Il nous livre surtout deux très beaux personnages de femmes, qui cherchent à survivre dans un univers masculin. 

Les photos ethnographiques : Godland

Si les photos peuvent témoigner de quelque chose, c’est aussi d’un univers lointain et de la façon dont les hommes y vivent. C’est le cas de Godland, de l’islandais Hlynur Palmason. Il s’est inspiré pour ce film de photographies de l’Islande prises au XIXe siècle par un pasteur danois venu construire une église. Missionnaire autant qu’ethnographe et géographe, le pasteur a eu à cœur de fixer les paysages et les habitants de cette île reculée. En nous racontant ce voyage pour le moins éprouvant, le réalisateur rend compte de cette fascination pour l’image et les paysages grâce à de nombreux plans fixes sur des coulées de lave et des montagnes enneigées. Les relations entre les hommes sont, quant à elles, au cœur du scénario. 

Godland est un très beau film, tant dans cette façon de capter la nature et les gens que dans sa mise en scène des rapports humains. Le travail de l’image, particulièrement développé, s’associe à un important travail de son qui nous laisse entendre les râles de l’hiver.

Photo souvenir : La Famille Asada 

La réflexion sur la photo est également l’élément structurant du film du Japonais Ryôta Nakano La Famille Asada. Ce film raconte avec légèreté et humour la passion pour la photo du dernier rejeton de la famille Asada. Vecteur de lien entre les membres de la famille, la photographie est le prétexte à des mises en scène comiques qui fédèrent tous les membres de cette famille. Le comique du film réside à la fois dans le travail de l’image et dans les échanges de répliques, parfois en décalage avec la situation. 

Le ton du film bascule toutefois lors du tsunami de 2011 : les photographies deviennent alors des souvenirs des disparus que les survivants cherchent avec fébrilité sous les décombres.

Visuel : Godland ©Snowglobe Photo ©Maria von Hausswollf

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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