Cinema

[Arras Film Festival 2017] « Thelma », rêverie brillante mais très sombre signée Joachim Trier

[Arras Film Festival 2017] « Thelma », rêverie brillante mais très sombre signée Joachim Trier

08 novembre 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

A l’Arras Film Festival 2017, qui se poursuit jusqu’au 12 novembre, l’avant-première de ce nouveau film de Joachim Trier a constitué un événement en soi, et laissé un souvenir brillant, marquant, un peu trop cruel par instants, mais tout de même très convaincant. A voir en salles le 22 novembre… Quant aux projections de l’AFF, elles se poursuivent jusqu’en fin de semaine.

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Au cours de la première heure de Thelma, l’un des films les plus cohérents de 2017, Grave de Julia Ducournau, vient souvent en tête. Si les deux œuvres ont en commun une jeune héroïne, qui s’émancipe par rapport à une éducation dure, et se découvre des pouvoirs fantastiques, elles se révèlent proches également sur ce qu’elles donnent à voir : des parcours intérieurs métaphoriques, très humains, très parlants. Grave était assez ludique. Thelma est plus sombre : plus réaliste, moins délirant… mais positif, au final. La maestria de Joachim Trier (Oslo 31 août), en prime, saute immédiatement aux yeux : les images sont splendides, et la musique et la photo, somptueuses toutes deux. Son précédent fait d’arme, Back home, nous avait plongés dans un ennui lisse et pesant. Cette fois-ci, à l’inverse, les surprises sont de taille. On les a découvertes avec plaisir, et aussi, avec un peu de dégoût tout de même parfois, en avant-première, à l’Arras Film Festival 2017. Qui se poursuit jusqu’au 12 novembre…

Thelma, toute jeune fille qui étudie en université, au cœur d’une ville norvégienne, et a été élevée par des parents réfugiés dans la religion, comme pour conjurer leur malheur, souffre d’étranges crises, donc. On ne révélera pas les curieux pouvoirs qui s’éveillent en elle… Le mystère du film fascine en tout cas pas mal. Bon, ses effets de réalisation donnent parfois des scènes trop étirées, inutilement, et lassent un peu. Parfois surgit une cruauté peut-être un peu exagérée (on garde en tête une scène de lac insupportable à voir). Mais la cohérence règne, malgré tout. Et les acteurs, eux, parlent doucement, et impriment leurs étranges personnalités à l’ensemble.

Film d’atmosphère, parsemé d’éléments empruntés au genre fantastique, Thelma accroche aussi grâce à son univers sonore très riche, pour beaucoup dans l’efficacité de la mise en scène, grâce à sa réalisation, et à son humanité également. Vers la fin, on craint que les ressorts de film d’horreur envahissent totalement le cadre réaliste du récit. Et qu’un bain de sang nihiliste en résulte. Mais, ouf : l’oeuvre débouche sur quelque chose de positif, et la réflexion nous parvient. Là où des Martyrs et des Dark Touch sous influences horreur se vautrent misérablement dans le dégueulasse… Intelligent, personnel, réussi au final, Thelma fait tout de même un effet marquant. On peut remercier, au passage, Le Pacte, distributeur qui l’amène dans les cinémas, et essaye de lui ménager un bon sort…

Thelma sortira dans les salles en France le 22 novembre.

Visuels : © Le Pacte

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.n[email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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