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« The Dissident » de Bryan Fogel : documentaire saisissant sur l’affaire Khashoggi

« The Dissident » de Bryan Fogel : documentaire saisissant sur l’affaire Khashoggi

16 mars 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Enquête édifiante sur l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et des dessous du système du prince héritier Mohammed ben Salmane, la dernière brillante réalisation du documentariste Bryan Fogel est disponible depuis le 15 mars en VOD, à voir absolument. 

2 octobre 2018. Istanbul. Jamal Khashoggi se rend à l’ambassade saoudienne avec sa fiancée, la turque Hatice Cengiz. Elle l’attend dehors alors qu’il pénètre à l’intérieur du bâtiment. Il a besoin d’un papier prouvant qu’il est divorcé afin de pouvoir se remarier. Le journaliste collabore depuis plus d’un an avec le Washington Post alors qu’il réside désormais aux États-Unis. Enfin libre d’exprimer son avis sur le régime saoudien, il n’hésite plus à dénoncer les dérives autoritaires de la politique de Mohammed ben Salmane et à soutenir discrètement son opposition. Il démarre peu à peu une nouvelle vie, reconnu à l’international comme figure saoudienne et soutenu par sa fiancée dans ses projets. Seulement, il ne ressortira jamais de cette ambassade. Séquestré pour être tué par un commando tout droit venu d’Arabie saoudite, Jamal Khashoggi est réduit au silence à jamais. 

Un récit accablant des faits

Les détails de son assassinat sont écœurants. Diffusés par les autorités turques grâce à de nombreux enregistrements provenant de l’intérieur de l’ambassade et révélés dans le documentaire, ils sont une preuve accablante de la culpabilité des plus hauts dirigeants saoudiens dans le meurtre du journaliste. Victime d’un régime qui ne voulait pas qu’on écrive sur lui mais pour lui, Jamal Khashoggi a payé le prix fort pour avoir dit la vérité sur son pays. Un temps très proche du pouvoir, il s’en est peu à peu détaché pour en dénoncer les dérives, soutenant une presse libre et refusant qu’on fasse taire les opinions divergentes. 

Bryan Fogel (Oscar du meilleur documentaire pour Icarus en 2018) dresse le portrait du journaliste sous le prisme de cette conversion, expliquant justement comment elle a pu à la fois le servir et lui coûter la vie. D’abord homme de l’intérieur, il connait les rouages de la politique saoudienne et de sa classe dirigeante. Reconnu et respecté par ses confrères à l’étranger, il a l’avantage d’être très renseigné et difficile à discréditer. « Jamal Khashoggi était une sorte de boite noire des élites au pouvoir. Ça faisait peur au régime saoudien. » explique le film, démontrant avec peu d’ambiguïté comment l’assassinat du journaliste n’a pu être commandité que par le prince héritier lui-même, craignant pour sa légitimité.   

Les dessous d’un crime d’État 

La qualité du documentaire vient aussi sa capacité à élargir le regard sur l’opposition au régime, présente à l’étranger, et éclaire sur les ressources utilisées pour la faire taire. Révélateur de la puissance du pouvoir saoudien sur les médias et la liberté de parole, le film démontre comment l’utilisation des réseaux sociaux, en particulier Twitter, très utilisé dans le pays, sert méthodiquement une propagande d’État ultra développée. On y voit des pratiques effrayantes qui montrent comment l’argent et la technologie sont également la clé d’un contrôle total d’une population, spécifiquement les dissidents au régime mais aussi toute personne capable de fournir des informations, des activistes aux tweets acerbes jusqu’à Jeff Bezos, le puissant fondateur d’Amazon. 

Enfin, Jamal Khashoggi était une vitrine de l’Arabie saoudite au-delà de ses frontières, sa disparition est donc éminemment symbolique. Le film retrace avec précision la chronologie de l’affaire, mettant en perspective les conséquences d’un tel assassinat sur la géopolitique mondiale.

Le documentaire dresse un portrait glaçant du prince hériter Mohammed ben Salmane et de son projet politique dans lequel la contestation n’a pas sa place, des révélations essentielles quand on sait l’emprise de cette pétromonarchie extrêmement influente sur de nombreux pays, accusés aujourd’hui d’un silence complice.

 

 

The Dissident, documentaire de Bryan Fogel, 1h55. Disponible en VOD à partir du 15 mars 2021. 

 

 

Visuel © Affiche du film

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