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« La Prière », Foi, dépendance et rémission en altitude par Cédric Kahn [Critique]

« La Prière », Foi, dépendance et rémission en altitude par Cédric Kahn [Critique]

10 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Sélectionné en compétition à la Berlinale de cette année 2018, le film La Prière réalisé par Cédric Kahn et produit par Sylvie Pialat flirte avec le documentaire pour présenter le parcours d’un jeune homme passé de la mer à la montagne et de la déshérence à la vie entre « compagnons » de foi, fin de se sortir de l’héroïne. 

[rating=3]

Quand Pierre (Anthony Bajon, habité à chaque instant), 22 ans, arrive dans la communauté religieuse pour se sortir de son addiction à l’héroïne, il est encore en manque. Le travail physique dans la nature est au-dessus de ses forces et la nuit, il suffoque et se tord dans la chambre commune. Calmes, présents et passés par là eux-mêmes, ses « compagnons » sont là, parfois malgré lui. La règle est simple : ne jamais être seul, s’occuper, prier et si l’on enfreint la règle, parler de soi en public à ses temps aménagés et demander pardon si l’on enfreint la règle. C’est une chape de plomb qui vient remplacer une autre prison, mais si la mise au pas est systématique, le rejet, lui, n’existe pas….

De manière quasi-documentaire, la caméra rivée sur Pierre ou sur l’activité du groupe des compagnons, l’on suit un cheminement individuel d’une âme en perdition et d’une vie qui à 22 ans s’annonce déjà condamnée,dans un chemin de rédemption. Ce dernier passe par la communauté d’abord, puis par la foi. Avec des comédiens excellents et bien choisi (en muse ou Marie-Madeleine, Louise Grinberg est juste à chaque instant), une photo encore magnifiée par les paysages et un propos finalement assez univoque et admiratif sur ce chemin de croix très personnellement  salvateur, on a l’impression de planer entre A os amour et Des hommes et des dieux. Le propos n’est pas toujours léger  (toujours très bien jouées, les scènes de témoignage sont néanmoins très pesantes) et surtout on a l’impression comme dans un tragédie classique que quiconque sort de la communauté ou quiconque n’y est pas entré risque la mort – à moins de l’emporter avec elle ou lui sous forme de foi et de prière. Partisan et presque religieux, le propos du film est de louer la solution qui consiste à remplacer un joug par un autre. Même lorsque l’égérie de Fassbinger, Hannah Shygulla fait une apparition remarquée en nonne fondatrice (ça change des bas capitalistes de Maria Braun), l’incongru n’est pas vraiment au rendez-vous et c’est une bonne dynamique de soumission qui place le héros sur le chemin de la vraie foi. Peut-on aller jusqu’à dire que l’absence de liberté dans le propos du film se retrouve dans sa forme? Un message trop monolithique sur un sujet aussi sensible et délicat que l’âme des jeunes gens peut le laisser supposer.


La prière, de Cédric Kahn, avec Anthony BAJON, Damien CHAPELLE, Àlex BRENDEMÜHL, Hanna SCHYGULLA, Louise GRINBERG, France, 2017, 1h47, Le Pacte, Sortie en salles le 21 mars 2018.

visuel : affiche du film.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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