Théâtre

Imitation of Life : Kornél Mundruczó plus plastique que théâtral à la MC93

Imitation of Life : Kornél Mundruczó plus plastique que théâtral à la MC93

10 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Le metteur en scène et cinéaste hongrois Kornél Mundruczó et son Proton Theater sont sur la scène de la MC93 avec une pièce aussi réaliste que politique jusqu’au 10 février 2018. Plastique et impressionnant Imitation of life nous perd parfois dans sa trame narrative.

[rating=3]

Hongrie 2005. L’épisode de l’agression d’un tzigane dans un tramway par un autre homme qui s’est plus rare révélé aussi tzigane est l’occasion pour Kornél Mundruczó de nous plonger dans la réalité de cette minorité officiellement non désirée et presque aussi officiellement violentée dans un Budapest contemporain. Tout commence par un écran. Un employé d’une société privée vient interviewer une locataire hirsute de HLM et que sa boîte n’arrive pas à expulser. Elle raconte la mort de son mari, le départ de son fils et sa ferme volonté et de survivre dans ce deux pièces vieilli, rempli jusqu’au au plafond et quasiment insalubre où elle ne paye plus ni loyer ni électricité. A la fin de l’interview, elle fait un malaise et les services sociaux disent à l’employé-cameraman que pour une femme de « la minorité » qui n’est pas un hongroise prioritaire, l’intervention pendra plus d’une heure. Bientôt, une autre locataire déshéritée vient habiter dans le taudis avec son fils…

Multipliant les écrans, à commencer par la longue scène d’interview de 28 minutes qui bloque toute la scène et jouant magistralement des mécanismes (au cœur du spectacle il y a une séquence absolument époustouflante) et des effets visuels (images floutées, projection sur un rideau de brouillard) Kornél Mundruczó joue avec le réalisme social pour nous parler de la Hongrie d’aujourd’hui. Secondé par des comédiens extraordinaires tout droit sortir d’un cabaret mitteleuropéen et variant avec grâce et ironie  sur la chanson de Nina Simone « Feeling Good », ils propose une expérience visuelle extraordinaire. Mais le texte et la narration ne permettent pas vraiment, malgré le caractère engagé et politique du sujet choisi, de se plonger dans des émotions cathartiques. Un peu comme dans sa Lune de Jupiter, le génial Mundruczó travaille la forme mais oublie de nous guider et de construire un chemin pour qu’on le suive sur le fond. Cela n’enlève rien à la beauté de certaines scènes très puissante mais puisqu’il s’agit ici de théâtre, c’est dommage qu’il manque un peu de texte pour qu’on soit en plus réellement et profondément émus…

« Illusion of life », de Kornél Mundruczó — Proton Theatre, avec Lili Monori, Roland Rába, Annamária Láng, Zsombor Jéger, Dáriusz Kozma. Pièce créée à  Trafo (Budapest) en 2016.


(c) Pronton Theater

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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