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« Petite Solange » les bleus à l’âme de l’adolescence

« Petite Solange » les bleus à l’âme de l’adolescence

20 janvier 2022 | PAR Olivia Leboyer
Solange

D’Axelle Ropert, nous avions beaucoup aimé Tirez la langue Mademoiselle, film sensible, sur le fil. Petite Solange décrit les états d’âme complexes d’une adolescente de treize ans, confrontée au divorce de ses parents. Le film a reçu le Prix Jean Vigo.

Petite Solange, c’est d’abord un visage, grave, penché sur un cahier de collégienne. Jade Springer possède une belle mélancolie, une finesse de traits, entre enfance et adolescence. On pense, évidemment, à la « Petite Anne » (Eléonore Klarwein) du Diabolo Menthe de Diane Kurys (1977), chantée par Yves Simon. La même délicatesse, la même évocation sensible et troublante d’une époque et du passage entre deux âges. C’est une voix, à la ligne fragile, prête à se briser, et qui, peu à peu, trouve sa tonalité. C’est un malaise perceptible, épais et noir, qui submerge tout lorsque l’amour parfait, soudain, prend l’eau.

Axelle Ropert saisit les émotions qui naissent, nouvelles. La découverte par Solange du désaccord entre ses parents, de la liaison de son père, de la beauté d’un poème de Verlaine. « Riche de ses seuls yeux tranquilles« , Solange affronte ce monde imparfait et tente de le décrypter. Personne ne l’avait prévenue que l’amour pouvait avoir une fin, qu’une maison d’enfance pouvait être mise en vente, qu’en grandissant il faudrait renoncer à certaines choses. Alors, la jeune fille, de plus en plus, marche dans les rues de Nantes, dans les galeries marchandes, hante les cafés en prétendant attendre son frère.

Ce grand frère existe bien, mais il est sur le départ. Romain (Grégoire Montana-Haroche) a pile l’âge de voler de ses propres ailes et c’est ce qu’il fait, s’envolant vers l’Espagne, pour fuir l’atmosphère familiale oppressante. Sur sa soeur, il pose un regard attentif, aimant, surpris de la voir soudain presque jeune femme. Le père (Philippe Katerine) s’efforce avec amour et maladresse d’expliquer comment l’on peut décider de changer de vie, tout en aimant ses enfants. La mère (Léa Drucker), quittée, est souvent débordée par son chagrin. La jeune maîtresse, Gina (Chloé Astor) tente avec patience de trouver sa place.

Entre les personnages, plus que les mots, qui blessent ou que l’on n’entend pas comme il faut, ce sont les regards qui agissent. La scène finale, à la petite table de jardin, est une merveille de violence et de douceur. Chacun, le père, la mère, le fils, la fille, essaie de soutenir le regard des autres, de les retenir, de leur faire comprendre ce qui, malgré tout, les tient encore un peu ensemble.

Petite Solange, d’Axelle Ropert, avec Jade Springer, Léa Drucker, Philippe Katerine, Grégoire Montana-Haroche, Chloé Astor, France, 85 minutes, Prix Jean Vigo 2021, sortie le 2 février 2022.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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