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« Los adioses » de Natalia Beristain Egurrola [Critique]

« Los adioses » de Natalia Beristain Egurrola [Critique]

08 mai 2018 | PAR Sarah Reiffers

Deuxième long métrage de la cinéaste Natalia Beristain Egurrola, Los adioses s’attaque aux notions de féminité, de maternité et de relations amoureuses à travers la figure de la femme de lettres mexicaine Rosario Castellano. Un film beau et poétique, qui aborde avec grâce et intelligence son sujet mais qui reste peut-être un peu trop à la surface.

[rating=4]

Après No quiero dormir sola, son premier long métrage primé dans de nombreux festivals, la cinéaste Natalia Beristain Egurrola revient avec Los adioses, un biopic sur Rosario Castellano. Figure majeure de la littérature mexicaine du XXème siècle, auteure de nombreux romans, nouvelles, poèmes, pièces de théâtre et essais, Rosario Castellano s’engagea également dans la lutte pour le droit des femmes et contre le racisme. Dans Los adioses, Natalia Beristain fait le choix de délaisser quelque peu l’œuvre de la romancière et son influence dans le monde des lettres (ce qu’avait magistralement fait Stephen Daldry dans The Hours par exemple) pour se pencher sur son histoire d’amour avec Ricardo Guerra et questionner, à travers cette romance devenue rivalité, la place de la femme dans la société.

Une femme peut-elle (au XXème siècle, mais encore aujourd’hui) concilier une carrière professionnelle et les obligations de maternité qui lui sont imposées par les normes ? Comment se dévouer à soi-même et à ses passions dans un monde qui exige un dévouement à l’autre ? C’est la question que Los adioses se pose, continuellement, bien qu’elle soit introduite un peu trop brutalement. Pour se faire, le film érige des barrières visuelles et sonores, met en avant la notion de sacrifice, de fragmentation, d’impossible conciliation. La réalisation met ainsi en parallèle la productivité littéraire de Rosario Castellano et ses fausses couches, comme si le fait de donner vie à des romans la privait de la possibilité d’enfanter. Il amplifie le bruit de ses doigts tapant sur sa machine à écrire, le rend continu et omniprésent, au point qu’il semble presque devenir fantôme, et hanter le mari, en constante demande d’attention. Mais surtout, Natalia Beristain s’amuse à filmer le visage de son actrice (Karina Gidi, pleine de grâce tranquille) de très près, le coupant en deux au niveau du nez ou du front, s’amusant à le fragmenter contre le bord de l’image ou les épaules des personnages qu’elle place devant, comme si, toujours et encore, Rosario se voyait refuser toute complétude, toute possibilité d’avoir à la fois une carrière et une famille.

La fragmentation, le film l’aborde aussi dans la temporalité. Natalie Beristain a fait le choix de jongler entre présent et passé, pour ne pas occulter la rencontre entre Rosario et Ricardo, alors encore étudiants. Parfois, le présent et le passé s’harmonisent totalement, se répondent même grâce au champ-contre-champ ; parfois ils se livrent presque bataille : aux moments de joie des premiers jours viennent s’opposer les disputes, les tromperies de l’âge adulte. En résulte comme une toile qui se tisse, de façon quelque peu chaotique, pour dresser le portrait complet d’une relation amoureuse.

Le cadre, la photographie, tout est beau, poétique et gracieux dans Los adioses. On regrettera cependant peut-être, en fonction des attentes de chacun, que Natalia Beristain n’ait pas plus creusé son sujet en abordant d’avantage l’œuvre de Rosario Castellano.

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