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Festival du cinéma israélien: Le dernier amour de Laura, beau portrait de comédienne et de femme

Festival du cinéma israélien: Le dernier amour de Laura, beau portrait de comédienne et de femme

28 mars 2022 | PAR Olivia Leboyer

Dimanche soir, le festival du cinéma israélien projetait la version restaurée du Dernier amour de Laura Adler (1990), d’Avraham Heffner, sur le crépuscule d’une comédienne de théâtre yiddish. Rita Zohar incarne magnifiquement cette femme qui vit pleinement ses derniers instants.

Avant la projection du film, un court-métrage (presque un moyen, 30 minutes) dresse le portrait haut en couleurs d’Elisheva et Ruthie. Shiry Lee Price filme sa mère et sa tante, jumelles et rousses, au tempérament forgé par une enfance très dure à Tel Aviv. Très tôt, à quinze ans, elles ont perdu leur père, puis leur mère handicapée, et ont appris à se débrouiller seules. Un beau double portrait, résilient et plein de vie. Ces femmes, comme le personnage de Laura, dans le film que l’on découvre alors, rayonnent d’une vraie force.

Laura Adler (Rita Zohar) règne sur le théâtre yiddish de Tel Aviv, où elle fascine toujours le public et ses partenaires. Les années ont passé, mais elle continue de tenir les rôles de jeune première. Comme si rien n’avait changé. Précisément, tout le film tient dans cet écart entre ce qui demeure et ce qui échappe. Fugace, la vie s’évanouit sans que l’on y prenne garde. L’élan, la vocation donnent un peu de sens, pour ceux qui restent.

Le film prend le temps d’installer son climat. La petite troupe joue une pièce mélodramatique, ponctuée de chansons yiddish. Les répétitions se succèdent, pour nous spectateurs également. Nous entrons en douceur dans le quotidien de ce théâtre de Tel Aviv, qui vivote tranquillement. Le soupirant de Laura la regarde comme au premier jour. Elle-même poursuit sa carrière avec constance. Le visage de Rita Zohar s’éclaire toujours d’un sourire resplendissant. Pourtant, la mort rôde. Laura se sent fatiguée, souffre de douleurs chroniques. Elle n’a pas encore passé d’examens, mais le corps sait. Aussi, quand, le temps d’une soirée d’anniversaire, un jeune homme ténébreux et beau croise son regard, « il se passe ».

Le corps va vers la vie. Comme il va sur scène, pour ses derniers feux. Justement, un producteur américain pourrait bien venir voir la pièce et engager Laura pour un film, qui lancerait sa carrière internationale. Si le temps ne vient pas à manquer. Dans une scène assez cruelle, Laura regarde un film des années 1930 et constate « Tous les acteurs de ce film sont morts. Tous. » Ils ont cependant laissé cette trace. La beauté gracile de Rita Zohar donne au film un charme mélancolique, qui reste. Dans le film, Laura, mais aussi sa camériste, la réalisatrice américaine de passage, apparaissent comme des femmes fortes, de caractère. Plus doux, un peu immatures, les hommes les contemplent avec admiration. Les plans de la ville, sous la pluie, à la tombée du jour, les aperçus fugitifs que l’on contemple d’une fenêtre, rappellent que la vie passe comme un rêve, une romance, peut-être ce que nous aurons eu de meilleur.

Le dernier amour de Laura Adler, d’Avraham Heffner, Israël, 1990, 1h34, avec Rita Zohar, Avraham Mor, Menashe Warshavski, Shulamit Adar, Yaacov Shapiro. Festival du film israélien 2022, Classique, version restaurée.

visuels: affiche et photos officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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