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Josep d’Aurel : Quand le grand écran rend hommage au dessin

Josep d’Aurel : Quand le grand écran rend hommage au dessin

07 octobre 2020 | PAR Yaël Hirsch

Premier long-métrage d’Aurel, Josep, qui rend hommage au dessinateur et caricaturiste communiste et catalan Josep Bartoli est une merveille de film d’animation qui fait partie de la sélection Cannes 2020. Quand le 7e art rend honneur au dessin c’est une page d’histoire bien sombre qui se remplit de visages inoubliables.

Février 1939. La retirada pousse 450 000 espagnols républicains à trouver refuge en France. Ils sont parqués dans des camps. Dans l’un de ces camps, sans eau potable, avec la faim et gardés par des policiers français qui les humilient et les violentent, anarchistes, communistes et artistes évoluent, sous la plume de l’un d’entre eux, le fier Josep, qui les croque avec un modeste crayon… Des années après, un des policiers français qui a gardé ce camp avec le moins de violence possible et est devenu proche de Josep, transmet in extremis cette histoire à son petit fils, lui aussi très agile du crayon…

Que de choses sont transmises en 1h20. Combien de faits historiques importants esquissés ! Combien d’expressions de visages infusées ! Et quel amour du trait, de la couleur, de la matière, de ce qui fait que les représentations comptent, encore, toujours, malgré tout et même et surtout dans les plus terribles contextes. Les couleurs grises, terre et bleu, de Josep transmettent tout cet amour du dessin, étalant avec talent et le point de vue original du policier français qui semble le plus banal. Josep parle d’Histoire, mais par le biais de l’amitié, de la transmission, de ce qui se conserve comme un trésor. Et sur l’écran du cinéma, le dessin est célébré pour un travail visuel époustouflant où rugit et rougit la superbe de savoir s’exprimer haut et fort. Car Aurel nous propose de graver la haine mais aussi la danse, la joie, le visage de l’aimée, dans cette comédie humaine grinçante et bilingue, qui rend hommage au courage, à l’humanité et à la mémoire sans jamais rien figer. Merci pour le mouvement, la vie et la révérence d’un dessinateur à un autre qui se termine dans un bain mexicain de couleurs… Bleues sont les mains de la peintre, noir est le regard de l’artiste fier. Une bouleversante lumière sur une chaîne humaniste indispensable.

Josep, d’Aurel, avec les voix de Sergi López, Bruno Solo, David Marsais, Gérard Hernandez, Valérie Lemercier, Thomas Vdb, Sílvia Pérez Cruz, François Morel, Alain Cauchi, Sophia Aram,  2019, 1h20, Sophie Dulac, sortie le 30 septembre 2020.
visuel : affiche

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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