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[Interview] Stéphanie Di Giusto et Soko, duo de choc pour « danseuse » de charme

[Interview] Stéphanie Di Giusto et Soko, duo de choc pour « danseuse » de charme

27 septembre 2016 | PAR Sylvain Lefèvre

La réhabilitation, un nouveau créneau pour le cinéma français ? Après le « Chocolat » de Roschdy Zem, c’est cette fois Stéphanie Di Giusto qui se prend au jeu avec « La danseuse », l’histoire de Loïe Fuller, brillamment emmené par Soko, Gaspard Ulliel et Lily-Rose Depp. Salué par la critique depuis sa projection à Cannes, le film est un petit bijoux. A l’occasion de sa sortie en salle (28 septembre), rencontre avec la réalisatrice Stephanie di Giusto et l’actrice Soko.

C’est votre premier long-métrage, quelle est la genèse de ce projet ?
Issue de la banlieue parisienne, passée par les Arts Déco et Penninghen (Ecole Supérieure d’Arts Graphiques), Stéphanie Di Giusto fût d’abord directrice artistique dans une agence qui réalisait des affiches de films.

SdG : A l’époque on donnait le scénario et on allait voir le film pour réaliser l’affiche, on procède moins comme ça aujourd’hui. Moi qui n’avait à l’époque qu’une culture ciné issue des films qu’on pouvait voir en banlieue, on me remet d’un coup les scénarios de Jacques Audiard, Michael Haneke ou Jane Campion et là je découvre tout un monde, celui du vrai cinéma. Le déclic c’est vraiment Jane Campion, quand j’ai vu la leçon de piano ça m’a vraiment bouleversé. C’est pas très original, Xavier Dolan a dit la même chose (rires)
Mais j’étais très inhibée à l’époque et je me disais pour faire du cinéma il faut être ces gens là, être aussi brillant. Comme je suis passionnée de musique, je me suis tournée vers la vidéo et j’ai travaillé avec des artistes très engagés comme Camille, Brigitte Fontaine, Jarvis Cocker et j’ai rencontré Loïe Fuller. Ça a été une vraie révélation et c’est elle qui m’a désinhibée. Tout est parti de cette photo en noir et blanc qui est magnifique, avec ce voile blanc en lévitation et une femme derrière. De là j’ai lu son autobiographie et j’ai eu comme une pulsion, je me suis mise à écrire. Elle m’a passionnée. Très vite je me suis dit il faut que je raconte l’histoire de cette femme et le cinéma s’est imposé. Ca m’a pris 6 ans.

Et comment trouve-t-on des producteurs alors qu’on est toute nouvelle dans le métier avec un scénario sur une danseuse qui n’est pas la plus connue ?

SdG : C’était très drôle. Quand j’ai rencontré Alain Attal (producteur du film, Polisse, Les Petits mouchoirs etc), il m’a dit « il y a tout pour ne pas faire ce film ! C’est ambitieux, cher pour un premier film et c’est un film d’époque… »
Soko intervient dans la conversation « réalisé par une femme avec une inconnue !! ».
SdG : On a eu tous les obstacles et des remarques parfois violentes sur un non-intérêt pour la danse. Ça a été le parcours du combattant. Mais on a quand même eu le CNC (système d’avance sur recettes qui permet de financer en partie le tournage) et c’était formidable car il y a très peu d’élus et même si on disait « c’est beau ce qu’elle a écrit mais est-ce qu’elle est capable de le faire ». C’était il y a trois ans et je comprends ces réactions, ça devenait une énorme responsabilité pour moi et jusqu’à la dernière seconde avant le tournage je n’étais pas sûre de pouvoir le faire tant c’était aléatoire entre les acteurs ou les financiers qui se sont retirés à la dernière minute. Mais c’était très excitant pour moi et au final le faire a été un vrai bonheur.
Soko d ‘ajouter : « même pendant le tournage c’était parfois difficile. Certaines scènes ont été tournées avec les moyens du bord et les volontaires présents qui se sont improvisés dans des métiers qui n’étaient pas les leurs, comme les assistantes de production qui conduisaient le camion ou qui faisaient la régie. La scène sur le bateau, on était six à tourner avec un trépied… »

Soko n’est pas doublée dans le film, c’est une vraie performance ?

SdG : J’avais décidé dès le départ que Soko ne serait pas doublée. Ça a été très dur pour elle, elle s’est entraînée pendant deux mois 6h par jour (« 7 en fait » reprend Soko), elle s’est investie à fond. Mais j’avais tout de même prévu qu’elle puisse avoir une doublure. En allant jusqu’au bout, elle m’a fait le plus beau des cadeaux. Je me doutais dès le début qu’elle irait jusqu’au bout mais je voulais la rassurer en lui disant que cette option existait.
Soko : Il y a des matins où j’avais mal partout, je ne pouvais pas marcher et je devais quand même aller tourner, je me disais « j’en peux plus ! » et on était dans le doute tout le temps mais en fait j’aime bien ça
SdG : Moi j’étais en extase devant elle. J’ai vu jouer Gérard Depardieu et elle me fait penser à lui. Elle a ce besoin d’exploser sur le plateau, de s’oublier, ça part dans tous les sens, c’est une façon de se concentrer pour elle. Dès que la scène démarre, elle est là, vraiment présente au moment où il le faut.

Soko, on vous connaît musicienne et actrice, quel lien entre ces deux univers, est-ce diffèrent ?

Faire de la musique ou du cinéma, c’est comme manger ou dormir. Ce sont deux choses que j’ai besoin de faire mais qui n’ont rien à voir et que je ne peux pas faire en même temps. Quand je fais un film, je suis à fond dans le film, je ne peux plus regarder mes instruments, je suis complètement investie. Et inversement quand je suis dans ma bulle de création musicale, je ne lis pas de scénarios, je ne vais pas aux castings, je suis dans cette bulle où j’aime me perdre.

Soko, est-ce que l’orientation sexuelle des personnages a une importance quand vous recevez un scénario ? Est-ce que vous ne craignez pas d’être cantonnée ?

Ça n’a aucune importance pour moi et je n’ai pas peur d’être cantonnée. Je ne me sens ni femme, ni homme, j’ai l’impression qu’on est tous humain, ça s’arrête là. On essaie tous de survivre dans ce monde de brutes. Évidemment les gens ont vite fait de te mettre dans des cases, les raccourcis et les gens fermés d’esprit il y en aura toujours et vivre aujourd’hui c’est justement avoir cette liberté d’aimer qui on veut et faire des films qui prônent ce droit et c’est vers cela que je veux aller.
SdG ajoute:J’aimais bien l’idée que justement dans le film, l’orientation sexuelle est floue. J’aime cette idée que Loïe Fuller a cette liberté d’aimer autant les hommes que les femmes et Soko a ça de formidable aussi

Dans ce même registre est-ce que Lily-Rose Depp a adhéré sans difficulté à l’ambiguïté de la relation ?

Soko : Du haut de ses 16 ans, elle est déjà très ouverte sur ce sujet et c’est super de voir que cette nouvelle génération adhère à cette idée du « on aime qui on veut ». C’est cela qui fait qu’elle ne s’est pas plus posée la question du baiser avec une fille que si elle avait dû embrasser un homme dans le film alors que je suis la première personne qu’elle embrassait dans un film. D’ailleurs quand je lui ai demandée si ça la dérangeait, elle m’a répondu « je m’en fiche », elle est super à l’aise avec ça et pour elle la question en elle-même est stupide.

Propos recueillis par Sylvain Lefevre

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