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[Critique] « Contes italiens » : les frères Taviani peignent leur Decameron

[Critique] « Contes italiens » : les frères Taviani peignent leur Decameron

08 juin 2015 | PAR Olivia Leboyer

Adapter le Décameron de Boccace, voilà une tâche impossible : mais, s’en inspirer, en rendre certaines couleurs, certains épisodes marquants, c’est tout à fait dans les cordes des frères Taviani. Pasolini l’avait fait, à sa manière. Celle des Taviani, très sobre, picturale, laisse une impression forte. En salles dès le 10 juin.

[rating=4]

Ici, ce n’est pas César qui doit mourir, mais la jeunesse et la beauté. Dans la Florence du XIVe siècle, la peste défigure et emporte toute vie sur son passage. Le prologue du film, d’un rouge violent, montre la mort à l’œuvre. Fulgurante, dure, d’une laideur saisissante. Contre l’horreur ambiante, un groupe de dix jeunes gens, beaux et vigoureux, refusent de se résigner : la mort les prendra peut-être mais, en attendant, ils l’oublieront, à la campagne, en se berçant de contes (un peu comme dans Les Mille et une nuits de Miguel Gomes).

Les frères Taviani rendent à merveille les contrastes : entre la mort noire et les couleurs vives des robes, entre le compte-à-rebours tragique et l’insouciance revendiquée, pour un moment encore, entre les épisodes contés et les scènes de retour à la réalité. Si les contes sont très réussis, les séquences entre les dix jeunes gens sont absolument parfaites, bouleversantes. Ces contes, en grande quantité dans le Décaméron, sont ici au nombre de cinq. Comme à leur habitude, les frères Taviani aiment les espaces resserrés, la narration condensée. Donc, cinq récits où le tragique et le comique alternent. Selon les goûts, on préférera l’un ou l’autre. Dans le registre grotesque, le beau Kim Rossi Stuart (Romanzo Criminale, Libero) joue un idiot du village, tandis que Jasmine Trinca (Nos meilleures années, Une autre vie) rayonne de manière inquiétante dans un conte plus noir. Mais, même dans le rire, la mort vient se nicher, comme par surprise.

Un tableau, presque une eau forte, sur la mort qui approche et la belle vie que l’on persiste à célébrer.

Contes italiens, de Paolo et Vittorio Taviani, Italie, 1h55, avec Lello Arena, Paola Cortellesi, Carolina Crescentini, Flavio Parenti, Vittoria Puccini, Michele Riondino, Kim Rossi Stuart, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak, Jasmine Trinca, Josafat Vagni. Sortie le 10 juin 2015.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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