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Biarritz : « Una Pelicula Sobre Parejas », jolie mise en abyme par un couple dominicain

Biarritz : « Una Pelicula Sobre Parejas », jolie mise en abyme par un couple dominicain

29 septembre 2021 | PAR Olivia Leboyer

Juste une mise au point, sur la création et sur le couple : avec espièglerie, Natalia Cabral et Oriol Estrada (dans cet ordre) s’interrogent sur leurs projets, pour le cinéma et dans la vie. Una Pelicula Sobre Parejas est un petit documentaire intime, très drôle, avec quelques touches de mélancolie. Un joli film plein d’esprit, présenté en compétition officielle du Festival du film d’Amérique latine de Biarritz 2021.

Comment font les gens ? se demandait Pascale Ferran (membre du jury) dans l’un de ses films. Même question pour Natalia et Oriol, qui tentent de concilier travail en duo et vie de couple (avec enfant). Mise en abyme dès le générique, où nous, spectateurs, assistons à la présentation de El Sitio de los sitios (2016), leur film précédent, devant une salle quasiment vide. « Les gens ne s’intéressent plus aux films » lance Oriol à Natalia, « et encore moins aux nôtres« . Alors, comment continuer ? A la faveur d’un coup de film, un investisseur pourrait bien financer leur nouveau projet. A condition de bien le définir et de bien le vendre.

Les discussions à bâtons rompus entre Oriol et Natalia s’enchaînent selon un fonctionnement déceptif, assez hilarant. Entre les grandes références à suivre (Frederick Wiseman, Ozu, Kieslowski) et leur quotidien plutôt banal, les deux cinéastes hésitent sur la perspective à adopter. Et s’ils filmaient des couples ? L’inspiration naît de l’observation : dans un parc, voilà qu’ils croisent un couple d’aveugles, guidés par leur enfant. C’est assez insolite pour être providentiel. Il faudrait retrouver ce couple, lui adjoindre une dizaine d’autres couples intéressants, et filmer leurs trajectoires. « Quelle catégorie socio-professionnelle ? » leur demande un membre de leur petite équipe. Oriol et Natalia n’en savent rien, préférant suivre des chemins de traverse que des grilles sociologiques.

Lorsque Natalia interviewe les couples, Oriol lui fait remarquer, parfois un peu brutalement, ce qui ne passe pas. De son côté, il filme de beaux plans de coupe, qu’ils pourront toujours insérer plus tard. Et si Oriol désire capter un peu d’amour chez ces couples, Natalia aimerait saisir le rapport de force. Comme dans son propre couple, où tout n’est pas si évident. Malgré la complicité, les egos souffrent par moments, pour de petits accrochages, qui ne sont peut-être pas si dérisoires : Quel regard porter sur la société dominicaine ? Quelles places respectives pour leurs noms au générique ? Deux grandes questions existentielles ! Il y a quelque chose de Woody Allen dans l’humour égocentré, dans la manière de filmer un couple en perpétuelle discussion-dispute. Et le thème musical est le même que dans The tree of Life de Terrence Malik, ce qui ajoute au joli décalage permanent qui sous-tend le film. 

Sans prétention, très frais (« Ton visage est plus frais que celui que Natalia, il est plus facile de parler avec toi » assène un ami à Oriol, qui défend illico sa compagne: « Moi, j’ai un rire faux, elle est plus directe« ), ce petit film dominicain nous touche par sa tendresse et son humour.

Visuel : photo officielle du film, affiche du Festival du film d’Amérique latine de Biarritz (2021)

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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