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Biarritz: « Madalena », superbe film sur la transphobie et la misère dans le Mato Grosso brésilien

Biarritz: « Madalena », superbe film sur la transphobie et la misère dans le Mato Grosso brésilien

01 octobre 2021 | PAR Olivia Leboyer

Voici un premier film réellement enthousiasmant : centré sur le meurtre d’un transexuel, le film évite tous les écueils. Aucun voyeurisme, aucun sentimentalisme. Un parti-pris formel – ne rien montrer – qui permet, précisément, de toucher le spectateur au cœur.

Le film s’ouvre sur un champ de soja, d’un vert vif aveuglant. Deux émeus marchent placidement au milieu des parcelles où l’on distingue, très furtivement, la blancheur d’un cadavre.

Un transexuel, Madalena, a été massacré dans le champ de soja. Mais ce meurtre ne sera découvert que bien plus tard. Au début du film, nous suivons une jolie jeune fille, qui habite une petite case avec sa mère et son grand-père, et qui travaille comme videuse dans une boîte de nuit du coin. Elle passe, deux ou trois fois, devant chez Madalena, qui lui doit un loyer. Personne ne répond, mais un transitor diffuse une chanson sentimentale. La jeune fille évolue dans un milieu ultra-machiste, dansant dans des clips aux paroles trashs et sortant avec des garçons qui jouent à qui pétarade le plus fort à moto. Le coin – le Mato Grosso, au Centre Ouest du Brésil – est triste et vide. Perdus au milieu de nulle part, les habitants sont tout de même reliés aux boucles whatsapp et à leurs contenus poisseux.

Nous suivons ensuite un jeune homme de bonne famille, fils de la sénatrice locale, que ses parents obligent à surveiller le champ de soja. Des bêtes pourraient détruire les plants et il s’agit d’accélérer la récolte. Le jeune homme se drogue à l’occasion et se sent pris de panique quand, arpentant le champ, il tombe soudain sur le corps. Nous, nous ne voyons que ses yeux effarés, rien de plus. Craignant pour l’élection de sa mère, le garçon se tait.

Enfin, la dernière séquence, magnifique, nous entraîne en voiture avec un transexuel, une jolie jeune fille et une jeune lesbienne obèse, qui, comprend-on progressivement, étaient des amis de Madalena. Ils savent, nous savons, mais personne ne dira rien, préférant évoquer quelques souvenirs chaleureux et cocasses.

Madiani Marcheti est né dans le Mato Grosso : son regard est pénétrant et profondément humain. S’il regarde de côté, ne montrant jamais la violence ni le sordide de face, c’est pour mieux nous faire mesurer le prix de l’âme humaine.

Superbe film sur la transphobie et la misère, Madalena conserve un port de tête altier, une beauté hallucinée et une vraie dignité.

Un film que l’on pourrait bien retrouver au palmarès. Assurément, un coup de cœur.

visuels: photo officielle du film, affiche officielle du festival de Biarritz 2021.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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