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11.6, François Cluzet incarne un Toni Musulin qui garde sa part de mystère

11.6, François Cluzet incarne un Toni Musulin qui garde sa part de mystère

01 avril 2013 | PAR Olivia Leboyer

Après Un dernier pour la route, Philippe Godeau retrouve François Cluzet pour un film sombre, tout en retenue, sur le convoyeur Toni Musulin. Sortie le 3 avril.

11.6 n’est pas un film qui cherche à séduire ou à impressionner. Rien de spectaculaire, aucune émotion forcée, dans ce portrait d’un homme qui, soudain, se sent bloqué dans sa propre vie. Employé modèle, sans histoire, Toni sent l’absurdité du système le submerger peu à peu. D’une petite humiliation à l’autre, il va perdre sa patience pour donner un coup d’accélérateur décisif. Voler l’argent, c’est surtout pour lui une manière de répondre, à hauteur d’homme, à un système déshumanisant. François Cluzet incarne avec force un Toni Musulin qui s’absente progressivement de la réalité ordinaire, qui aspire à autre chose. La scène où on le voit marcher dans les montagnes, avec un semblant d’espoir, est très belle. Autour de lui, un collègue un peu simple (formidable Bouli Lanners, qu’on avait adoré dans son film Eldorado), accompagné d’une grosse souris blanche, une « fiancée » pleine de vitalité (Corinne Masiero, l’actrice du beau Louise Wimmer), une jeune femme séduisante croisée par hasard… La sortie de route, inévitable, se produit presque naturelle, par cet enchaînement de petites humiliations. Le titre, 11.6, suggère sobrement que la vérité est ailleurs, inatteignable. Le mot « millions » est ici gommé, l’essentiel n’étant pas l’argent, dans sa matérialité, mais le geste. Philippe Godeau s’attache à préserver la part de mystère de son Toni Musulin.

Un film quasiment clinique, sur un homme qui cherche à regagner sa dignité.

11.6, de Philippe Godeau, vace François Cluzet, Bouli Lanners, Corinne Masiero, Johan Libereau, France, 2012, 1 h 42 min. Sortie le 3 avril 2013.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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