Arts
« Take me (i’m yours) », prenez ceci est notre oeuvre

« Take me (i’m yours) », prenez ceci est notre oeuvre

18 septembre 2015 | PAR Bérénice Clerc

La Monnaie de Paris laisse libre court à l’imagination et la générosité débridées de Christian Boltanski et Hans Ulrich Obrist pour une exposition à partager d’urgence où le spectateurs deviennent créateurs et les œuvres ne sont jamais les mêmes. « Take me (i’m yours) » jusqu’au 8 novembre à la Monnaie de Paris.

 

Sous les ponts de Paris coule la Seine, au bout du nommé Neuf, la Monnaie de Paris, son salon XVIIIe et ses envies assumées d’art contemporain à partager.

Dès l’entrée, le visiteur prend le chemin de son enfance, même bien cachée, même oubliée, douloureuse, joyeuse, vive, imaginative elle revient jusqu’à la fin de l’exposition.

Des œufs frais sur le tapis rouge immaculé, comme si des poules étaient passées par là malgré le plan vigipirate renforcé des musées. Quelques marches, en haut de l’escalier, un arbre à souhaits laissé là par Yoko Ono, un olivier avec des petites étiquettes ou faire ses vœux, pour soi, pour les autres, pour le plaisir de suspendre une ficelle et du carton sur lesquels des yeux se poseront, rêveront, rirons ou pleurerons peut-être.

Le spectateur est déjà acteur, des tapis jonchent le sol et des fauteuils où s’asseoir est possible, conseillé même. L’imaginaire commence à furieusement se mettre en marche, le mécanisme de la petite boîte à musique intérieure tourne et les pupilles brillent de plus en plus. Comme toujours, l’envie de toucher, d’entrer en relation avec l’œuvre, vous étreint, une censure acquise, répétée depuis le plus jeune âge vous empêche automatiquement de caresser l’art.

Dans cette exposition il n’en est rien, des centaines de gélules jonchent le sol, elles tombent du ciel, une carafe d’eau et des verres sont à disposition pour qui veut tester le placebo qu’il inventera pour ses maux les plus fous.

Une délicieuse odeur de rose flotte, un alambic doré et quelques verres dignes des ventouses de la médecine ancienne ou Chinoise distille de l’eau de rose, fraîche. Des petites fioles alignées donnent envie d’être glanées pour des beautés futures ou un souvenir de ce moment artistique.

Ici cela est possible, encouragé par une hôte distribuant des sacs en carton vous pourrez emporter l’art où vous voulez. Dispersion, la célèbre œuvre de Boltanski dans laquelle des piles de vêtements vides, laissés là après avoir protégé des humains est à modifier par tous les visiteurs.

Se saisir d’un vêtement, prendre un morceau de l’œuvre, la moduler, y laisser sa trace, Take me (i’m yours) tient sa promesse, les spectateurs sont créateurs, ils changent à chaque instant sa forme, sa perception.

Des affiches, des cartes postales de Paris, des Tour Eiffel en métal, des coupures de presse à découper et mettre sur les murs, un dîner en tête à tête avec un artiste, des objets à échanger, un sol de bonbons couleur ciel, des badges, des morceaux de fémur à déguster, des tatouages, un photomaton pour offrir son image le temps d’un instant figé sur papier photo, des bulles d’air pur, tout doit disparaître, prenez ceci est votre œuvre. Les offres de tous ses artistes célèbres sont des utopies nombreuses où l’art reprend sa place sans stratégie, business plan ou enchères à chiffres bien trop long.

Amusement, profondeur, regard sur le monde, générosité, dadaïsme et surréalisme sont présents, chacun se fera sa lecture, ses sensations, ses émotions multiples et dé-multipliables. Les visiteurs de tout âge pourront emporter l’exposition chez eux, elle sera partout, rien n’est figé, tout est en mouvement, l’évolution est permanente même quand elle semble invisible ou imperceptible.

Cette exposition est un baume de fantaisie et de jouvence proposée par des artistes cotés mais loin de la commercialisation sans âme ni saveur que peut revêtir le monde de l’art quand il se vide de sens et de partage.

L’entrée est offerte à ceux qui apportent une ou plusieurs languettes de l’affiche actuellement dans le métro parisien, des échanges et des activités gratuites et fantaisistes sont proposées à la Monnaie de Paris mais aussi aux alentours, prenez le temps de bien regarder tous les possibles, jouer et créer.

Souhaitons à tous les petits et grands enfants de vivre cette constellation d’expériences artistiques ludiques, permissives, libératrices, jubilatoires et uniques.

Visuels : Bérénice Clerc

 

Infos pratiques

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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