Arts
Sarah Vinitz : « Paris est un foyer pour bien des artistes russes en exil »

Sarah Vinitz : « Paris est un foyer pour bien des artistes russes en exil »

02 novembre 2022 | PAR Yaël Hirsch

Alors que sa Fondation produisait l’exposition Denis Davydov à la galerie Pastourelle pendant la semaine de Paris + du 19 au 23 octobre, la philanthrope et collectionneuse russe Sarah Vinitz a organisé un déjeuner chez Bloom, le café « frappé » installé à la Monnaie de Paris, où se tenait la foire Asia Now, pour présenter ses actions pour un art global et d’avant-garde. Rencontre avec une grande dame passionnée et pleine de vie.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Comment avez-vous décidé de vous engager dans l’aide aux artistes et dans la mise en avant d’œuvres ? 

Née en Russie d’un père militaire, j’ai voyagé à travers l’Union soviétique. Puis j’ai fait mes études à Moscou, et plus tard, je suis partie étudier en Espagne. J’ai donc beaucoup voyagé et j’ai travaillé dès l’âge de 14 ans, parce que mes parents ne gagnaient pas bien leur vie et que je voulais vivre mieux. J’ai d’abord été correspondante à la radio, puis j’ai réalisé que ce n’était pas assez. Je suis devenue l’assistante personnelle d’un homme d’affaires qui investissait dans les technologies à la fin des années 1990. C’est ainsi que j’ai commencé à gagner mon propre argent, et dès que cette manne est arrivée, j’ai su qu’il était nécessaire que j’achète des œuvres à des amis artistes et souvent dans le besoin. Il y avait des cas extrêmes, je me rappelle un peintre qui a dû détruire le sol de son logement pour peindre par-dessus, parce qu’il n’avait plus d’argent pour acheter des toiles. Ils étaient également très fiers et ils ne voulaient vendre qu’à des gens qui s’intéressaient réellement à leur art. J’ai commencé à collectionner de l’art à 15 ans et cela me procurait déjà une très grande joie.

Pouvez-vous nous parler de votre collection ? Quels types d’œuvres ? Combien ? Peut-on les voir ?  

Il y a deux collections très différentes : ma collection personnelle et celle de la Fondation. Ma collection contient des pièces de l’école de photographie de Dusseldorf, dont je suis fan : j’ai plusieurs œuvres de Ralph Caspers, par exemple. Je collectionne également les artistes russes, parce que j’en connais un certain nombre personnellement et qu’il est vraiment important de montrer leur travail au reste du monde. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes à Paris pendant cette semaine d’art. Pour voir la collection, en avril, nous établirons nos quartiers généraux à Miami, avec une exposition de ma collection personnelle et nous allons y organiser des dîners de levée de fonds de soutien aux artistes. Nous menons notre action à l’échelle internationale, ainsi que nos évènements : quand vous y venez, vous pouvez être sûrs d’y rencontrer des personnalités intéressantes, ouvertes, qui soutiennent l’art contemporain dans le monde et qui luttent pour la dignité humaine.

En quoi Paris est-elle une ville importante pour votre action ?

Paris est central pour la culture russe en général. Surtout en ce moment avec la vague d’artistes ukrainiens et russes en exil, et avec qui nous travaillons. En effet, c’est un foyer accueillant pour beaucoup d’artistes russes qui doivent quitter la Russie à cause de leurs opinions politiques ou de leur orientation sexuelle. Nous travaillons aussi avec des artistes ukrainiens : nous soutenons l’artiste ukrainienne Maria Kulikovska, à qui une exposition est actuellement consacrée à Linz, en Autriche.

La Fondation organise une exposition de groupe en ce moment à Paris, pouvez-vous nous en parler ?

Cela se passe dans une galerie du Marais : c’est un projet de la NFT Factory, lié à la culture de l’Ouzbékistan, et qui met en avant les artistes émergents de cette scène. Ils ont créé un jeton non fongible qui peut être vu comme une vidéo, et en même temps, c’est un élément de la blockchain à garder dans votre porte-monnaie. Quelle est la véritable œuvre d’art : la vidéo ou ce qui est placé dans le porte-monnaie numérique ? Nous sommes en train de montrer des œuvres qui feront partie de l’histoire de l’art !

Comment faites-vous pour vous consacrer à la fois à votre travail et à votre fondation?

Et j’ai en plus deux enfants ! Mon secret, c’est que je suis amoureuse, alors je me couche tard, je me lève tôt, je souris tout le temps et je suis prête à m’envoler à chaque instant. C’est cela le secret pour tout faire à la fois !

Quels sont vos prochains grands évènements ?

Nous avons deux expositions prévues en Autriche : je vous ai parlé de Maria Kulikovska à Linz ; il y a aussi Oleg Kulik à Vienne. J’ai évoqué notre évènement au printemps prochain, à Miami. Nous avons également des projets de publications, puisque nous sommes notamment éditeurs du Moscow Art Magazine, le seul magazine russe qui porte sur l’art contemporain et sa philosophie. Il existe depuis 50 ans. Viktor Misiano, qui l’a fondé, a été directeur pour la Russie à la Biennale de Venise, et il est l’un des meilleurs théoriciens du monde. Maintenant, il est à Paris, à la Bibliothèque Nationale, et travaille sur son prochain livre.

 

Photos : © Yannick Coupaneck 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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