Arts
Portrait d’artiste : Yves Helbert, des mondes entre portrait et paysages

Portrait d’artiste : Yves Helbert, des mondes entre portrait et paysages

05 novembre 2020 | PAR Pauline Lisowski

Le monde dessiné d’Yves Helbert est teinté d’humour et invite à imaginer des liens entre l’homme et la nature. Collectionneur d’images, de références, de sources à la fois historiques et puisées dans notre quotidien, il associe des paysages et des portraits imaginaires de personnages inventés. Il combine ces deux sujets qui depuis longtemps sont bien distincts. Sa démarche n’est pas si éloignée des recherches des surréalistes et de la pratique du collage.

Dans ses dessins de la série Paysages et/ou Portraits, l’humain, nettement plus grand contemple le paysage ou prend la pose devant un panorama devenu décor. Chaque œuvre graphique par cette combinaison donne naissance à un ensemble de personnes de différentes contrées. « La géographie ou peut-être l’approche de l’espace, de ce qui nous entoure, nourrit ma démarche artistique. En premier lieu, j’aime laisser beaucoup de vide autour de mes figures pour que l’espace respire, comme les œuvres japonaises du « monde flottant ». C’est le vide qui met en valeur l’essentiel. De même, j’aime associer des morceaux de réalité, comme des collages qui seraient faits à la main, comme une manière de m’approprier la réalité et la restituer au spectateur telle que je la perçois. » indique Yves Helbert. Ses œuvres réalisées à la mine graphite dévoilent différentes manières de traduire nos expériences face à des paysages et de se les approprier en images. Elles renvoient également aux multiples moyens de diffuser les vues de lieux explorés. L’artiste nous invite à repenser nos liens aux photographies, aux documents, traces d’un événement, d’un voyage et mise en scène de soi.

Ses associations d’êtres humains, de végétaux, de mobiliers dans sa série Naturarium proposent de nouvelles manières d’observer la réalité et des situations quotidiennes qui parfois nous troublent. Ses travaux sur papier nous incitent à appréhender autrement nos façons de considérer les végétaux, leur croissance et nos cohabitations avec les différentes espèces.

Dans la série Petites manipulations, l’artiste redessine, détourne et recompose des scènes à partir d’images de presse, familiales ou scientifiques. Il en ressort des métamorphoses entre des univers différents, des passages entre le temps et l’espace. Les titres ajoutent au caractère étrange et toutefois banal des moments et gestes représenter finement.

Ses peintures de la série 2.0 dévoilent combien il est important de prendre en considération le territoire d’origine de chaque individu. L’artiste, à l’ère du numérique et de la diffusion des images, privilégie un geste de dessin d’une grande finesse et réhabilite le fait main ainsi que l’écriture manuelle qui donnent à ses œuvres et au sujet une nouvelle aura. « Le web me nourrit. Je m’y noie souvent mais j’y pêche aussi des pépites qui me plaisent, que je mélange avec d’autres. Le dessin est une manière d’ordonner, de classer, d’isoler, de valoriser ce que le déferlement des images nous impose. J’ai l’impression d’avoir mon mot à dire dans cet amoncellement désordonné. » revendique l’artiste.

Le diorama, art de composer un espace réduit pour offrir au spectateur un monde à contempler dans son ensemble inspire également Yves Helbert. Ses œuvres en volume font référence à des musées, à des chambres d’artistes et à des œuvres d’art et forment des espaces d’exposition miniatures. Elles rejoignent sa réflexion sur la diffusion des images et sur une culture du digital qui perturbe notre approche sensible de la réalité des œuvres d’art. « Ce sont les thèmes de l’histoire de l’art qui m’intéressent : la mythologie dans l’art, les animaux dans l’art par exemple… mais j’explore certaines périodes en particulier : de la Renaissance au Réalisme du XIXe siècle. En effet, puisque mes images ont un aspect réaliste, et si je veux utiliser des parties de peintures ou de sculptures dans mes dessins, je dois puiser de préférence dans les époques artistiques qui tendent à être les plus fidèles possibles à la réalité. Les déformations m’intéressent. Les morceaux d’apparence insignifiante m’inspirent aussi, les punctums chers à Barthes. J’en ai d’ailleurs fait une petite série que je n’ai jamais montrée d’ailleurs. J’avoue que j’aime aussi martyriser les grandes œuvres, les dépecer, en extraire des parties, les associer avec d’autres morceaux d’images sans rapport immédiat. Mais c’est une forme de respect je pense ! » précise-t-il.

L’artiste ajoute des mots, phrases à ses dessins pour nous ouvrir vers de possibles récits et questionnements. « C’est une manière de dialoguer car ce ne sont ni des titres, ni des légendes. C’est un peu comme si la littérature rencontrait les arts plastiques. Mes mots donnent de la force à des images qui seraient sans intérêt placées seules. Mais ils ne donnent pas de clé de compréhension. Il y a toujours un petit décalage, dans l’esprit de « ceci n’est pas une pipe », qui force chacun(e) à s’arrêter sur la relation entre image et texte, dans une liberté totale de lecture. » explique-t-il. Ces combinaisons, manipulations de sens font écho à des expressions, à des énoncés, slogans, qui amplifient l’ambiguïté de la composition dessinée avec une grande maîtrise et précision.

Ses dessins sont aussi teintés d’un certain humour tout en présentant une situation où le quotidien bascule vers l’étrange, le dérangeant ou l’insolite. « J’ai besoin d’humour pour rire de notre monde souvent gris. Mais je ne veux surtout pas donner de leçons. Je propose ce que mon cerveau m’a dicté en dessinant et en écrivant. D’ailleurs, les mots arrivent souvent de manière impromptue pendant que je dessine ou lorsque j’ai fini un dessin. » témoigne cet artiste. Ses œuvres sur papier nous rappellent ainsi l’importance de se laisser guider par nos impressions tout en conservant un recule, un regard ouvert sur le monde qui nous entoure.

Ses œuvres nous convient à nous raconter des histoires entre des mondes éloignés, et font autant référence à l’histoire qu’à notre société actuelle. Elles s’apparentent à des planches composant un récit et forment des ensembles avec lesquels nous pourrions continuer à jouer de nouvelles associations. Elles nous incitent à prêter attention aux images cachées et aux nombreux sens qu’on peut y trouver.

Visuels : 

Série Naturarium, La Force du destin, 30×40 cm, 2020
Found world map, (1555 ?), série carto 2.0, huile sur toile, 73×92 cm, 2010
Série Paysages et/ou Portraits, Ignatus, 50×50 cm, 2020
Série Paysages et/ou Portraits, Kuniko, 50×50 cm, 2020
Diorama, La panne d’inspiration, technique mixte, 40x30x34 cm, 2012
Série Petites manipulations, La pièce à conviction, graphite sur papier, 30×40 cm, 2020
Diorama, La salle du leurre, technique mixte, 40x23x30 cm, 2012
Série Petites manipulations, Bénéfice du doute, graphite sur papier, 30×40 cm, 2020
Série Paysages et/ou Portraits, Nahil, 50×50 cm, 202
Série Naturarium, Le conflit de loyauté, 30×40 cm, 2020
Série Naturarium, Le spectre du separatisme, 30×40 cm, 2020

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Pauline Lisowski

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