Arts
 » Mes messages sont plus universels que subversifs !  » Rencontre avec Raphael Federici

 » Mes messages sont plus universels que subversifs !  » Rencontre avec Raphael Federici

30 juin 2020 | PAR Zeliechloe

Dessinateur de passion, street artist par ambition et peintre par conviction… Rencontre avec Raphael Frederici, artiste multitâche, à l’occasion de son exposition à l’espace Oberkampf. 

Son parcours

Après un échec scolaire cuisant, c’est en STI art appliqué qu’il s’épanouit. Très bon élève – il est le meilleur de sa classe – cette formation lui permet de toucher à à peu près tous les domaines. Après son bac, il est orienté par ses professeurs en « design produit » – un peu contre son gré. Ce sont ses études qui l’amènent à Paris, il travaillera ensuite pour un bureau de style. S’ensuivra une carrière dans la mode pendant cinq ans. Malgré une réussite dans une maison de prêt-à-porter de luxe et une certaine renommée dans le cercle parisien, la direction artistique et l’hyper-consumérisme qui en découle le lasse et laisse place à un affadissement de la vie.

C’est lors d’un burn-out en 2011 qu’il se met à « peindre pour peindre et dessiner pour dessiner ».  Un ami lui présente alors un agent d’artiste qu’il le remarque tout de suite et lui achète sa première toile. Il comprend alors qu’il « peut devenir artiste » et commence à approfondir son style et à élaborer une esthétique forte.

 « L’objectif c’était d’avoir un style reconnaissable immédiatement, pratiquement tout de suite j’ai eu mon marin qui est venu. Ce qui m’a toujours suivi ce sont les nervures de bois sur les visages et sur la peau. »

Fort de son passé, il considère son parcours comme une chance qui lui a permis de découvrir le monde du travail et de « développer un sens critique plus aigu de la société qui nous entoure ».  Son parcours lui a permis de s’accrocher et de ne pas lâcher « car le plus dur dans une carrière artistique c’est de ne pas abandonner ». De plus, ses études en art appliqué et en design produit lui ont apporté « une rigueur et un regard plus terre à terre, fonctionnel de l’art».

Ses inspirations

Comme beaucoup de sa génération, il affectionne particulièrement des artistes politiquement engagés comme Basquiat et Banksy.

« Ces artistes, ce n’est pas tant artistiquement qu’ils m’inspirent, mais, plutôt dans leurs démarches artistiques : donner du sens à l’art et une place à l’artiste dans nos sociétés. Ils m’inspirent, me rappellent à nourrir mon art de message et à ne surtout pas tomber dans l’art gratuit. « 

Il est aussi beaucoup inspiré par les chercheurs de vérités, « quels qu’ils soient ». Si pour certains, ces idéologies frôlent avec le complotisme, Raphael Federici  lui est fasciné par cet univers de vérité et de secret, qui se rapproche d’une fiction. Ce qui explique pourquoi son personnage emblématique, le marin, est empêtré dans des complots. 

  

LE ROI MULET
Dimensions : 88×80/ Technique mixte – Acrylique sur bois

Peintre multitâche 

Sur son site internet, on peut apercevoir la diversité de la production de Raphael Frederici. Touche à tout, il dessine, avec autant de plaisir, une fresque murale gigantesque à Miami, un tableau à l’acrylique ou des petites illustrations. Il n’a pas de préférence et aime bien cette palette de possibilités qui lui permet « de ne pas s’ennuyer« et de se réinventer en permanence. 

Artiste engagé ?

Il ne différencie pas l’homme de l’artiste, l’homme de sa production artistique. Il est engagé, sa production suit donc son engagement.

« Je suis engagé non pas contre le système, mais pour le nouveau monde »

Afro-futurisme

À la question : « Quelle est votre définition de l’afro-futurisme ? »

Raphael Fredericci me répond :  

« L’afro-futurisme, je l’ai raccordé au mouvement existant de l’afro-futurisme dans la musique, dans l’architecture, dans l’art… Mais il y a eu un nouveau mouvement afro-futuriste qui a resurgi aux États-Unis avec l’avènement du film Black Panther, faisant suite au mandat d’Obama et à cette nouvelle fierté africaine. Les noirs américains se sont tournés vers les pays africains, notamment par le biais d’artistes et d’influenceurs. Et ont fait resurgir non pas le côté culturel et esthétique de l’Afrique, mais le côté historique africain dans l’architecture, dans le design d’objet, dans la mode… En faisant resortir tous ces mouvements artistiques d’art appliqué et culturel dans ce que j’appelle la nouvelle Afrique.

Donc l’afro-futurisme, c’est la vision d’une Afrique renouvelée qui s’inscrit dans un présent et dans un futur inspirant. Aujourd’hui, quand on pense à l’Afrique, on pense aux masques africains, aux danses, aux imprimés… Mais c’est justement plus que ça, un film comme Black Panther remet l’Afrique au gout du jour dans tous les domaines de notre société.

L’afro-futurisme, c’est une nouvelle inspiration qui a donné suite à beaucoup de choses, notamment une première exposition en 2019 à Montmartre, où j’ai dépeint un portrait de notre société à travers le regard d’un vieux sage africain. J’écrivais sur mes toiles, je montrais la société occidentale avec beaucoup d’humour, de recul et de critiques – de critiques constructives, de ce qu’est devenu notre occident. Et finalement l’afro-futurisme c’est « Qu’est-ce qu’aurait été l’Afrique si elle n’avait pas été colonisée comme elle l’a été ? Si on ne l’avait pas freiné dans son élan et qu’aujourd’hui elle aurait pu se développer autant que les pays occidentaux avec toutes les nouvelles technologies que nous connaissons. » Ce que j’ai voulu mettre en lumière c’est ce que cela donnerait si nos pays occidentaux avaient le niveau technologique qu’on a aujourd’hui, jumelé à l’histoire et à la sagesse africaine ? « 

 

AFROFUTURISME ECOLOGIQUE
Dimensions : 75×50 – Technique mixte – Acrylique sur bois

Afro-futurisme et Afro-futurisme écologique

Cette première vision a donc donné lieu à une première exposition en 2019 et, en 2020, l’exposition s’intitule « Afro-futurisme écologique » car c’est l’impact de l’homme sur la nature qui intéresse davantage Raphael Frederici. Cette année l’exposition est « vue par le berceau de l’humanité » et c’est un constat assez alarmiste qui est fait. Cette exposition permet de remettre au gout du jour le sujet de la déforestation en Afrique, mais aussi les nombreux travers de notre société en termes d’écologie. L’affiche de l’exposition est prophétique, représentant un jeune homme portant un masque à gaz ; deux jours après son inauguration l’exposition est fermée pour cause de pandémie. 

Pour cette exposition abordant le thème de l’écologie, il pousse sa réflexion jusque dans la matérialisation. Les matériaux utilisés sont soigneusement choisis. Les matériaux sont recyclés et facilement dégradables (pas de plastique), et les pigments sont biologiques. Raphael Frederici entreprend donc de « montrer l’exemple par l’art avec une pratique artistique non invasive sur l’environnement ». 

Street Art & langage universel

Un objectif : être universel, « parler le langage universel« . Le Street art était donc « un outil évident » pour arriver à ses fins, la rue est un bon endroit pour s’exprimer à toutes et à tous… Pour cela, il a visité et étudié tous les continents pour ensuite peindre et s’exprimer sur leurs murs. 

    « Mes messages sont plus universels que subversifs » 

Le langage universel passe aussi par la création d’un personnage emblématique, qui dépasse sa propre représentation par ce qu’il incarne : un vieillard chauve avec une barbe blanche. « N’importe quel homme, qu’on soit égyptien, français, inuit, indien… finira chauve avec une barbe blanche ». Cet hyper-métis, comme il l’appelle, a une valeur iconique ; tout comme Mickey, en trois coups de stylo, il est reconnaissable. C’est la force de ce caractère. 

« Mon marin, j’essaye d’en faire un personnage iconique, tel qu’on peut voir un Tintin, un Corto Maltese ou tous ces personnages qui sont rentrés dans la mémoire collective »

La BD

Il est porté, depuis plusieurs années, par l’envie de donner vie à son personnage, avec toujours cette idée de le rendre iconique. La Bande dessinée est un projet qu’il avait en tête depuis longtemps, sur lequel il travaillait déjà. Mais le confinement est venu brusquer ses plans. L’envie de s’exprimer et les messages à partager se faisaient trop importants. Il a donc mis sur l’étagère son projet de bande dessinée « printe« , pour faire une version numérique.  Chaque semaine du confinement, il proposait un épisode inspiré par un abonné sur son Instagram. Utilisant le support numérique au maximum de ses capacités, une bande sonore et quelques images animées ponctuaient la nouvelle péripétie du marin. Le confinement a donc donné lieu à une première saison de 7 épisodes qui promet une seconde saison à la rentrée. 

 » Je veux que mon personnage traverse tous les supports et tous les arts… du moins autant que j’en suis capable » 

PLANTATION
Dimensions : 22×17 -Technique mixte – Acrylique sur papier

Informations pratiques ici.

Visuel:© Raphael Frederici

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