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L’art urbain et intuitif de WildWonderWoman

L’art urbain et intuitif de WildWonderWoman

17 juin 2022 | PAR Capucine De Montaudry

WildWonderWoman, c’est une artiste à l’origine de nombreux collages disséminés dans Paris. Avez-vous déjà vu ces petits dessins de femmes, pour la plupart nues et les yeux fermés ? Sa démarche, souvent interprétée comme féministe, parfois écologiste, est avant tout intuitive. De la conception au collage, elle nous appelle à écouter ces émotions qui nous mettent en mouvement. Rencontre.

 
 
 
 
 
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WildWonderWoman (elle n’a pas tenu à donner son nom) est une femme dont la pratique artistique est intime et secrète. Elle a commencé le street art il y a quatre ans, en 2018, mais avait depuis longtemps de nombreuses activités manuelles, avec au premier rang le dessin. Se mettre à coller a été un événement décisif, pour ses créations comme pour son histoire personnelle. 

« À un moment de ma vie, explique-t-elle, il y a des choses qui ont changé, qui ont bougé, et je me suis autorisée une fois à aller coller pour essayer. J’étais toute seule, pour la première fois. J’ai ressenti un élan de liberté incroyable. J’ai tout de suite eu envie de recommencer, de continuer, et ce que je dessinais, ce que je peignais, de l’utiliser pour ça. Ça m’a permis d’aller plus loin dans les émotions et de faire un vrai travail dessus.« 

Presque tous sont des dessins de femmes. Nues et à la pilosité assumée, elles dégagent une profonde douceur, en même temps qu’un lien intime à la nature et à l’environnement. Beaucoup ont les yeux fermés, des cheveux très longs, et affichent parfois un clitoris d’une taille démesurée. Des couleurs vives, des fleurs, une terre qu’elles enlacent… L’environnement fait partie d’elles et elles en font partie. Il s’agit d’un lien rempli de bienveillance et d’amour. Mais l’on trouve également de nombreuses femmes qui souffrent,  des gouttes de sang dégoulinent d’un sexe qui n’est plus qu’un trou. La terre, elle aussi, saigne. Pourtant la souffrance demeure quelque chose de très doux. 

Il s’agit avant tout d’un travail qui vient de la vie intérieure et des émotions. WildWonderWoman parle de collage intuitif, une pratique qui consiste à découper tout ce qui nous parle, indépendamment de la question esthétique, puis de le coller, de l’assembler. Pour elle, dessiner, puis coller, c’est la même démarche. Elle travaille en effet sur l’écoute de soi, de ses émotions, et les formes viennent d’elles-mêmes. 

« C’est un travail qui vient de l’intérieur. J’ai des émotions, et quand j’ai une émotion que je n’arrive pas à dire oralement, je vais beaucoup observer, que ce soient des paysages, la nature, des images sur Instagram ou Pinterest, des événements qui se produisent dans ma vie… Et tout ça je vais en faire un amalgame, il va sortir un truc. »

L’art est un langage. De soi à soi, avant tout. Pour elle, il s’agit d’un médiateur entre l’esprit et le corps, l’intérieur et l’extérieur. Dessiner aide en effet à se connecter au monde et l’émotion est au centre de cette démarche. « Pour moi, une émotion est là pour nous parler, pour nous dire quelque chose, et nous mettre en mouvement. […] Je peux créer quand je suis heureuse, je peux créer quand je suis malheureuse, j’essaye d’explorer toute la palette. » Le fait de coller inscrit ces dessins dans la ville et l’espace public : c’est comme une carte, une manière d’habiter les quartiers qu’elle traverse. Il y a la Butte aux Cailles, Belleville, Montmartre… De même que quand elle dessine, le choix de l’endroit est intuitif. Parfois, ce travail est une collaboration (avec l’artiste Paddy par exemple), mais il s’agit d’abord d’une démarche personnelle. 

C’est pourquoi le rapport aux publics n’est pas si important. Coller, c’est d’abord découvrir, explorer, soi-même puis le monde, pour sentir son appartenance à un environnement. Parfois, ses œuvres sont enlevées, ce qui est le cas de la toute première qu’elle a exposée près de chez elle. Cependant, elle explique que l’aspect éphémère et précaire du collage fait partie de l’expérience. L’une de ses œuvres a tout de même plus de trois ans.

Néanmoins la diffusion constante de son travail sur Instagram lui assure une forme de pérennité et permet d’avoir de nombreux retours. Des abonné·e·s témoignent en effet de ce que ces femmes évoquent chez eux·elles, des sensations parfois très diverses. Pour elle, il n’y a pas de sens prédéterminé : au contraire chacun perçoit quelque chose de différent selon sa propre histoire. « Je pense que l’œil qu’on a sur une œuvre, finalement, nous interroge sur nous-mêmes. Et c’est ça qui est intéressant. Parce que finalement se crée un dialogue, dialogue de moi à l’œuvre et de l’œuvre à la personne. » 

Quand on lui demande si elle se considère comme une artiste, à notre grande surprise, la réponse est difficile. Il y a le parcours, de la pratique elle-même, la question technique et esthétique… « La question esthétique, j’ai dû l’évacuer, parce que si je l’avais eue, je n’aurais jamais rien fait dans la rue, je n’aurais jamais collé, je continuerais à faire des dessins et à les jeter à la poubelle. Donc ça, en fait, à un moment donné j’ai évacué. Ce n’est pas une question. » Dessiner et coller, à côté d’un travail à temps plein, c’est comme une seconde vie. C’est aussi une forme de nécessité. 

Visuel : collage de WildWonderWoman, © WildWonderWoman

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Capucine De Montaudry

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